JUSTICE – Ils montrent la légèreté des charges contre les six accusés...
Le procès de six anciens détenus français sur la base militaire américaine de Guantanamo, à Cuba, a repris, ce lundi, devant le tribunal correctionnel de Paris. Il avait été renvoyé deux fois depuis 2006 en raison de soupçons sur la validité de la procédure.
Des rapports qui ne sont plus secrets
Après dix jours de procès, début juillet 2006, le tribunal avait refusé de juger les six jeunes hommes, poursuivis pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste». Il avait ordonné un supplément d’information sur l’attitude de plusieurs enquêteurs français de la DST, la DGSE et du Quai d’Orsay qui avaient secrètement interrogé les six prévenus lorsqu’ils étaient détenus sur la base américaine à Cuba.
Les rapports du contre-espionnage français, déclassifiés et lus à l’audience lundi au premier jour du nouveau procès, ont montré la légèreté des charges pesant contre eux. «Ces déclassifications nous permettent désormais d’avoir une connaissance des activités de la DST à Guantanamo», s’est félicité le président Kross, «et le cadre dans lequel tout cela est intervenu».
Dans ces rapports, le patron du service antiterroriste de la DST, Louis Caprioli, écrivait, dans une note datée du 3 février 2004: «en l’état du dossier, en cas de rapatriement en France, leur mise en examen et leur incarcération ne sont pas assurées, car ils ne sont liés à aucune activité en France pouvant être poursuivie».
Premier jour de procès
Le président Kross a retracé l’itinéraire, très semblable, des six accusés : des liens avec les milieux islamistes en France, le départ pour l’Afghanistan, la fuite après l’offensive américaine contre les Talibans, l’arrestation au Pakistan et la livraison aux forces américaines qui les transfèrent rapidement à Guantanamo.
En marge de l’audience, l’avocat de l’un des inculpés, Me William Bourdon, s’est félicité de la déclassification des rapports secrets. «Nous désirons que le tribunal tire les conséquences de l’extrême déloyauté avec laquelle les services français se sont comporté vis-à-vis des détenus français de Guantanamo», a-t-il déclaré. «Nous espérons que le tribunal va rappeler le droit : dire qu’on ne peut jamais condamner quelqu’un si la preuve a été apportée de façon déloyale […] La conséquence doit être la relaxe».
M.A. avec AFP