JUSTICE - Il a suffi d'une phrase d'Alain Ferrandi, membre du commando, pour jeter le trouble...
Une phrase ambiguë jette un nouveau trouble dans le procès Colonna. Alain Ferrandi, condamné à la perpétuité pour l’assassinat du préfet Claude Erignac, a disculpé lundi à demi-mot le berger corse devant la cour d’assise spéciale de Paris.
«Je confirme que tu ne faisais pas partie du groupe»
C’est Yvan Colonna qui l’interpelle depuis le box, en débutant en corse, avant de passer au français : «Alain, je vais te parler franchement. On m’a accusé à tort… Maintenant, il faut dire les choses, dire la vérité, que je n’y étais pas. Alain, je te le demande, est-ce que j’y étais ou pas? Il faut dire pourquoi vous n’avez rien dit, pourquoi vous avez tant attendu», lance-t-il en essayant de capter son regard.
Mais Alain Ferrandi, le deuxième à témoigner des six condamnés à la prison en 2003 pour cet assassinat, garde le visage fixé sur les juges. Il répond finalement au berger, sans tourner la tête. «Je sais que tu es un homme d’honneur et que si tu avais participé à cette action, tu l’aurais revendiquée. Par conséquent, je confirme que tu ne faisais pas partie du groupe», souffle d’une voix monocorde celui qui a toujours refusé de détailler les responsabilités de chacun.
Disculpation ou rappel à l’honneur?
Une phrase qui peut aussi bien résonner comme la disculpation d’un innocent que comme un rappel à l’honneur, de la part d’un homme qui a revendiqué son acte, à un complice qui persiste dans le démenti.
C’est la première fois qu’Alain Ferrandi disculpe Yvan Colonna. S’il ne l’avait pas innocenté avant son procès, en 2003, c’est parce qu’il «ne voulait pas rentrer dans le factuel de qui appartient ou non au groupe. Point barre». Pourtant, il a d’abord confirmé les déclarations de son épouse qui avait assuré avoir hébergé Yvan Colonna chez eux le soir du drame. Des aveux non contraints par des brutalités policières, reconnaît-il. Il voulait seulement, explique-t-il, que son ex-femme n’aille pas en prison.
Un membre manque à l’appel
Pour autant, il confirme que le groupe qui a fomenté l’assassinat du préfet le 6 février 1998 comptait sept membres et que l’un manque donc à l’appel. Est-ce Yvan Colonna ? lui demande la défense : «M. Colonna n’est pas la personne qui faisait partie du groupe», répond-il.
«Vous, au moins, vous assumez», lance Philippe Lemaire, l’avocat de Dominique Erignac, la veuve du préfet, à Alain Ferrandi, qui revendique «l’entière responsabilité» de son acte. Cet homme de 47 ans, qui fut le chef du commando selon les enquêteurs, explique malgré tout ne pas «être en mesure de qualifier (l’assassinat) d’erreur».
Sa. C. avec AFP