INTERVIEW - Fabien Jobard, sociologue au CNRS et spécialiste des questions de police et de justice…
Fabien Jobard, sociologue au CNRS et spécialiste des questions de police et de justice, répond à nos questions sur les violences urbaines dans le Val-d'Oise…
Etes-vous surpris par le développement de la violence auquel on assiste dans le Val-d'Oise depuis dimanche?
Je tiens tout d'abord à préciser qu'il faut être prudent, car ces événements sont récents et nous avons peu de recul pour les analyser. L'enchaînement des violences est classique dans de telles circonstances que le choc entre la moto et la voiture de police soit accidentel ou non. Ce qui surprend, c'est l'utilisation inédite des armes à feu. Celles-ci peuvent apparaître, rarement, lors de confrontations dans des zones de grande banlieue, comme Grigny au sud de Paris, les Mureaux à l'ouest ou Meaux à l'est. Dans ces citées isolées, le tissu politique et associatif est beaucoup plus faible. La grande délinquance y a une plus grande influence sur les populations fragilisées socialement. Mais ces armes avaient été très rarement utilisées il y a deux ans, lors des émeutes de 2005.
Quelle conclusion peut-on tirer?
Traditionnellement, les émeutiers détruisent des biens, soit symboliques car ils représentent l'autorité soit «faciles» comme des voitures, et s'enfuient. Ici, les affrontements rappellent ceux des dockers ou des pêcheurs avec les CRS, les armes en plus. Ce n'est pas le même registre. Les émeutiers cherchent davantage des points de fixation en vue de l'affrontement physique vu le
nombre manifestement élevé de blessés.
Contrairement à 2005, les violences semblent plus localisées…
Il y a deux ans, la mort de Bouna et Zyed avait suivi de deux jours seulement les déclarations de Nicolas Sarkozy sur les «racailles». Ces propos avaient unifié la jeunesse contre un ennemi commun, de Pau à Clichy-sous-Bois. Quelques jours après, alors que la violence avait décru, une grenade qui a atterri à proximité d'une mosquée de Clichy avait étendu les violences. De plus, la culpabilité des deux adolescents dénoncée dès le début de la crise par Dominique de Villepin - il évoquait un cambriolage - a renforcé l'indignation des jeunes à travers le pays. Vous remarquerez que les
responsables politiques font preuve jusqu'alors de beaucoup plus de retenue dans leurs déclarations.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer