DECRYPTAGE – Retour sur l’accident qui a coûté la vie à deux ados et sur l’embrasement qui a suivi…
Que s’est-il passé?
A 17h10 dimanche, une voiture de police dans laquelle se trouvent trois agents percutent une mini-moto conduite par deux adolescents de 15 et 16 ans, non casqués et inconnus des services de police. Ce type de véhicule n'est pas homologué pour circuler sur la voie publique. Selon la préfecture du Val d'Oise, l'accident serait dû à un refus de priorité, au niveau d’une intersection sans feu rouge sur la rue Louise-Michel, de la part de la moto qui roulait «très vite». La voiture de police, toujours selon la préfecture, roulait «entre 40 et 50 km/h sans gyrophare» et exécutait une «patrouille» et non pas une intervention. «En traversant le carrefour, elle a été heurtée par la moto sur l’aile gauche.
Les deux jeunes sont décédés sur place.»
Pour les jeunes sur place, il s'agit d'une «bavure», sans aucun doute. Beaucoup pensent que les policiers ont souhaité «tamponner» la moto.
Pourquoi les impacts sur les véhicules sont-ils troublants?
Selon un journaliste de l’AFP, la voiture, qui a eu le pare-brise éclaté, portait les traces d’un violent choc frontal. Selon les constatations d’un journaliste du
«Monde», présent sur les lieux un peu plus de deux heures après l’accident, des traces au sol montreraient que la moto a été traînée sur plus de vingt mètres. La voiture de police s’est, elle, immobilisée une quinzaine de mètres après l’impact. Son avant a été défoncé et son pare-choc arraché. La motocross semble, au contraire, peu abîmée. (voir
le diaporama) Les circonstances de l’impact restent floues: pourquoi la voiture, heurtée par la gauche, est-elle aussi démolie à l’avant? Selon l'Inspection générale de la police nationale (IGPN),
la voiture aurait été dégradée, à coups de barre de fer, après l'accident. La position du véhicule, le long du trottoir, ne reflèterait pas non plus la réalité: il aurait été déplacé.
Des secours tardifs?
Des pompiers sont arrivés sur place pour prodiguer les premiers soins aux adolescents mais n'ont pu que constater le décès des deux jeunes gens. Selon certains témoins, ils auraient mis dix minutes pour arriver, selon d'autres «un temps extrêmement long». Le rapport de l'IGPN évoque une durée de neuf minutes et trente secondes, selon nos informations.
Autre point polémique, le comportement des policiers impliqués dans l'accident. Lundi matin,
le frère de l’une des victimes a assuré sur France Info qu’«il n’y avait aucun policier» lorsque les pompiers sont arrivés sur les lieux de l’accident. Selon certaines versions, ils auraient pris peur de l'agitation ambiante.
Selon des témoins, les policiers, hagards, sont bel et bien restés mais sans intervenir pour aider les jeunes. L'IGPN écarte, elle, toute «faute grave»: les policiers seraient restés sur place et n'auraient été évacués par leurs collègues que bien plus tard, après que les deux corps ont été déplacés par les pompiers.
Secourir des personnes accidentées fait-il partie des missions d'un policier?
En France, selon la loi, tout individu est censé venir en aide à une personne en danger. Cela s'applique d'autant plus aux policiers que cela fait partie du règlement général de l'emploi de la police nationale, indique un syndicat policier à 20minutes.fr. Un policier peut donc être poursuivi pour non-assistance à personne en danger à la fois pénalement - comme tout le monde - et administrativement. Mais si chaque policier a un brevet de premier secours, il n'a aucune formation spécifique pour venir en aide aux accidentés. Selon notre source, la mission d'un policier consiste avant tout, en cas d'accident, à appeler les secours et à sécuriser la zone. Ce que les policiers auraient fait, selon l'IGPN.
A.Sulzer et S.Cochard