INTERVIEW - Dominique Versini, défenseure des enfants, remet mardi son rapport sur la souffrance des adolescents...
Interview de Dominique Versini, défenseure des enfants, qui remet mardi son
rapport sur la souffrance des adolescents.
Le rapport que vous remettez mardi à Nicolas Sarkozy sur la «souffrance psychique des adolescents» est alarmant. 15% des 11-18 ans seraient «multi-fracturés»…
Oui, ce qui veut dire aussi que 85% d’entre eux vont bien! En fait, on remarque surtout que les ados vont mal, et l’expriment, de plus en plus jeune. Il n’est plus rare de constater des comas éthyliques dès l’âge de 12 ans, des «binge drinks» (ndlr : torche-minute, alcoolisation excessive) dès les années collège, alors qu’il y a encore dix ans, cela ne se voyait qu’au lycée. Aujourd’hui, 11% des filles et 6,6% des garçons se scarifient, certains ont des troubles alimentaires et la polyaddiction à l’alcool, au cannabis et au tabac a doublé en dix ans. A chaque fois, on observe une déchirure: la souffrance psychique démarre souvent à l’occasion d’une rupture familiale (divorce, séparation, deuil).
Pour aider ces jeunes en détresse, vous pointez aussi des dysfonctionnements dans l’aide apportée à ces jeunes en détresse.
Oui, moi qui ai passé sept ans à la direction du Samu Social, j’ai le sentiment qu’on s’occupe mieux des SDF que de nos jeunes, parce que leur souffrance est moins visible. Prenez Baptiste, cet ado de 18 ans, qu’on a retrouvé suicidé avec inscrit au creux de sa paume gauche: «Demandez-moi pardon». Il était suicidaire, perdu. Or personne n’a pu l’aider. D’après notre enquête, les jeunes connaissent mal le «Fil Santé Jeunes» (service téléphonique d’aide), qui est de surcroît payant depuis un portable. Seules 18 maisons des ados existent en France, alors qu’il était prévu d’en ouvrir une par département. Et aujourd’hui, il faut six mois d’attente en moyenne pour une consultation médico-psychologique. Les parents aussi demeurent les grands abandonnés, il n’existe aucune ligne d’écoute pour eux.
Dès lors, quelles pistes préconisez-vous?
L’objectif, c’est désormais de prendre en charge les jeunes avant qu’ils ne commettent un acte excessif. Certains médecins me disent qu’il vaut mieux passer un peu de temps avec un jeune qui ne va pas très bien, plutôt que beaucoup de temps avec un jeune qui va très mal. Donc, il faut aller vers eux, pourquoi pas à leur domicile s’il le faut. A Rennes, des médecins ont mis en place un camion mobile avec un cabinet à bord pour aller « à la pêche » aux jeunes en difficulté. Et ça marche! Il faut aussi former les magistrats: les juges aux affaires familiales par exemple doivent apprendre à expliquer leur décision aux enfants avec pédagogie. L’ouverture d’un vaste chantier s’impose.
Recueilli par Laure de Charette
Fil Santé Jeunes
Tel. 0 800 235 236