Les enfants face aux écrans: qui dévore qui?

10 contributions
Publié le 13 novembre 2007.

SOCIETE - A l'occasion d'un colloque sur le sujet, des experts analysent l'impact des écrans sur les enfants...

Jeux vidéos, télévisions, ordinateurs, téléphones portables: l’environnement des enfants n’a jamais été aussi multimédia. Pour le meilleur ou pour le pire? Le colloque «Enfants/Ecrans, qui dévore qui?», organisé par la chaîne Gulli, s’est penché sur ces questions. Un colloque qui tombe à pic après la tribune demandant un moratoire contre les chaînes de télé pour bébés publiée il y a quinze jours par Serge Tisseron, psychanalyste, Pierre Delion et Bernard Golse, pédopsychiatres.

La violence évolue-t-elle?
A ceux qui s’érigent contre la diffusion d’images de plus en plus violentes à destination de la jeunesse, Elisabeth Baton-Hervé, docteur en sciences de l’information et de la communication, rappelle que cette préoccupation n’a rien de nouveau. «Dès les années 60 avec Thierry La Fronde et Ivanhoé, la presse se demandait s’il fallait interdire à la télévision les coups de poing, de pieds, les cow-boys et les policiers.» Difficile de savoir ce qui pourrait choquer un enfant. Une idée que Sempé avait déjà illustrée. Dans les premières cases, on voit des enfants amorphes face à une télé qui diffuse des images de guerre et de morts. Soudain, dans la dernière case, leurs visages grimacent d’effroi. La cause de leur épouvante sur l’écran: l’apparition de Blanche Neige, du chasseur et de la sorcière qui lui tend une pomme empoisonnée. «La violence n’est jamais là où on l’imagine, explique Michael Stora, psychologue clinicien pour enfants et adolescents. Aujourd’hui, on met du second degré partout. Les personnages ont tous de l’humour alors que les enfants vivent dans un monde manichéen, pas dans le second degré. C’est une nouvelle forme de violence.»

Consommation
En 2006, les 4-14 ans passaient en moyenne un peu plus de deux heures par jour devant la télé (3h37 pour les adultes). Et «plus il y a de temps disponible, notamment les jours de congés ou pendant les vacances, plus les enfants augmentent leur consommation télévisuelle», note Natalie Bevan, directrice d’études du département télé à Médiamétrie. Faut-il régulariser le temps que passent les enfants devant la télé? «Depuis que mes parents la coupent, j’ai trouvé un site web où il y a la télé», s’amuse cette ado d’une quinzaine d’années. Car si 86% des adolescents regardent la télé tous les jours, 24% consultent Internet quotidiennement. Un chiffre en constante augmentation. Marie Choquet, médecin épidémiologiste à l’Inserm, appelle à relativiser. «A force de vouloir tout interdire, on met les gamins sous cloche. Et le jour où ils sont confrontés à la réalité, ils sont perdus.» Un paradoxe qui apparaît dans les études de l’Inserm sur les ados ayant des troubles de la conduite: en effet, face à des images parfois violentes, les enfants trop longtemps préservés sont plus vulnérables que ceux qui vivent des difficultés sociales, scolaires ou familiales.

«Quand on interroge les enfants sur ce qu’ils aimeraient voir changer chez leurs parents, ils disent souvent: qu’ils soient plus optimistes», explique Marie Choquet.

Responsabilité partagée
Quand Serge Tisseron accuse les diffuseurs d'«enkyster (l’enfant) dans un statut de spectateur du monde», de le conditionner dès son plus jeune âge aux messages (y compris publicitaires) diffusés sur écran, et d'encourager les parents à laisser leurs progénitures devant cette télé au moment du coucher, Arié Guez, directeur général Europe de Baby First, la dernière née de ces chaînes pour gamins, répond que «cela ne sert à rien de jouer les censeurs, d’infantiliser les parents et de les faire culpabiliser. C’est une question de bon sens. On sait que le trop de temps passé devant la télé et le manque d’encadrement peuvent être dangereux.»
Concrètement, les études montrent qu’un bébé de moins d’un an ne doit pas rester plus de 5 minutes par jour devant la télé. Un enfant de moins de deux ans pas plus de 20 minutes quotidiennes, et un enfant de deux ans et demi jusqu’à trois ans ne doit pas dépasser une heure devant l’écran.

«La responsabilité doit certes venir des parents, qui ont un rôle éducatif à jouer, mais aussi des professionnels», reprend Elisabeth Baton-Hervé. Exemple d’initiative: les jeux vidéo à durée limitée qui s’auto-éteindraient, propose Frédérique Doumic, productrice des jeux Adibou, Franklin ou Kirikou pour Ouat Entertainment. «On l’a proposé aux éditeurs mais aucun d’entre eux n’est encore prêt à le faire, regrette-t-elle. Comment mettre les jeux vidéo sur pause? Ça, c’est une question d’avenir.»
Alice Antheaume
Emploi

En partenariat avec Monster.fr

  • Trouvez le poste qui vous convient

    Retrouvez les dernières offres d'emploi sur toute la France et dans tous les secteurs avec 20minutes.fr et Monster.fr

publicité
publicité
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr