Un mois d'audience pour trancher. A partir d'aujourd'hui, Yvan Colonna est jugé par la cour d'assises spéciale de Paris pour l'assassinat du préfet Claude Erignac à Ajaccio en février 1998, et pour l'attaque cinq mois plus tôt de la gendarmerie de Pietrosella, où avait été dérobée l'arme du crime.
Arrêté en juillet 2003 après quatre ans de cavale à travers la Corse, le berger de Cargèse a toujours clamé son innocence, s'appuyant sur l'absence de preuves matérielles. Pas d'ADN, pas d'empreintes digitales, pas de témoin direct, pas d'écoutes téléphoniques... Seule véritable charge contre lui : les aveux de deux des six membres du commando Erignac et de leurs compagnes, arrêtés en mai 1999 et l'accusant d'être le tireur. Deux ans plus tard, ces deux hommes, Pierre Alessandri et Didier Maranelli, se sont rétractés, et Alessandri s'est même accusé d'être le tueur. Selon les avocats de Colonna, les enquêteurs auraient extorqué leurs aveux pendant leur garde à vue en 1999.
Le procès s'ouvre alors que la solidarité monte en Corse pour l'enfant du pays. En témoigne la mise en examen de la chanteuse Patrizia Gattaceca ce week-end, pour avoir hébergé Colonna pendant sa cavale. L'artiste dit avoir « obéi à une règle d'or en Corse, celle de l'hospitalité », ajoutant qu'elle a « la conviction intime qu'il est innocent ». Un avis que ne partagent ni la famille du préfet Erignac, qui sera présente à l'audience, ni les plus hautes autorités de l'Etat. A l'arrivée, ce procès hors norme risque de ne pas laisser d'autre alternative aux magistrats que la perpétuité ou l'acquittement.