INTERVIEW — Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, a répondu aux questions des internautes. Puis à celles de la rédaction…
Visiblement fatiguée par plusieurs jours de contestation estudiantine, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, nous a accordé, après sa discussion avec vous, un entretien.
La loi sur l’autonomie des universités a été votée en août, pendant les vacances universitaires. Etes-vous vraiment surprise qu’un tel mouvement étudiant se développe au mois d’octobre? N’était-ce pas un peu prévisible?
La réforme de l’université, ça fait vingt ans que les gouvernements essaient de la faire. Vingt ans qu’ils échouent face à des mouvements étudiants. Il aurait été surprenant que je n’ai pas moi aussi ma part de protestation. Mais cela me paraît beaucoup moins fondé que les années précédentes car la loi s’accompagne d’un effort financier d’un milliard d’euros et de cinq à neuf milliards d’euros supplémentaires d’ici 2007 à 2012. C’est donc paradoxal de voir ce mécontentement quand l’Etat se décide à mettre les moyens financiers sur la table pour assurer leur réussite.
Comment jugez-vous le comportement de l’Unef qui appelle à une amplification du mouvement étudiant mais sans demander l’abrogation de la loi comme le Collectif étudiant contre la loi d’autonomie sur les universités (CECAU)?
C’est leur décision, je n’ai pas à la commenter. Mais je leur dis qu’ils ont bien davantage à gagner dans le dialogue que dans le blocage des facultés que je condamne. Les premières victimes en sont d’ailleurs les étudiants eux-mêmes qui ne peuvent plus étudier.
Vous avez annoncé jeudi que vous transférez 11 millions d’euros de la rénovation de Jussieu vers le logement étudiant. Le chantier de Jussieu n’est-il donc plus une priorité?
C’est tout l’inverse. C’est une priorité absolue tout comme le logement étudiant. Mais je veux que chaque euro de mon budget soit dépensé en 2008 pour obtenir un changement concret. Or, il est apparu que dans le budget de l’Etat, le chantier de Jussieu était déjà doté de 216 millions d’euros. 11 millions, au sein de cette somme, ne pouvaient être dépensés et risquaient d’être reportés l’année prochaine. J’ai donc pris contact avec le Centre National des Œuvres Universitaires et Scolaires (Cnous) qui m’a dit qu’il pouvait, avec 11 millions d’euros, rénover 500 chambres supplémentaires.
Le candidat Sarkozy avait affirmé à 20 Minutes en avril que «l’Etat financera davantage de places dans les filières qui proposent des emplois, que dans des filières où on a 5.000 étudiants pour 250 places». Il avait ajouté : «vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1.000 étudiants pour deux places». C’est ça l’esprit de la loi sur l’autonomie des universités?
Je suis dans l’esprit de rendre employable tous les étudiants et souhaite rénover toutes les licences, notamment dans les sciences humaines et sociales. L’objectif est que les étudiants puissent trouver un travail dans l’enseignement, l’administration, l’entreprise. Pour cela, il faudra mettre des stages dans les cursus, de l’anglais, des cours de technologie de l’information, des modules de professionnalisation (apprendre à rédiger un CV par exemple). Cela concernera aussi les étudiants qui font du latin. Je veux qu’humanités puissent rimer avec employabilité.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer