EADS - Le dirigeant décline tout délit d'initiés, François Goulard le trouve «agaçant»…
Il pointe du doigt l'Etat. Arnaud Lagardère a indiqué jeudi que l'Etat, son «partenaire» français au sein du pacte d'actionnaires dirigeant le groupe EADS a toujours eu les mêmes informations que le groupe Lagardère, qu'il s'agisse
des problèmes industriels d'Airbus ou de la vente de ses actions.
«Ne faites pas l'hypothèse selon laquelle des gens savaient et que l'Etat ne savait pas. L'Etat savait ce que je savais, et ce que je ne savais pas l'Etat ne pouvait pas le savoir», a-t-il déclaré devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale.
Aucun délit d'initiés selon lui
Il a réaffirmé solennellement que «l'entreprise Lagardère n'a pas trahi le personnel d'EADS et de sa filiale Airbus, n'a pas commis de délit d'initiés» en vendant 7,5% du capital d'EADS, la moitié de sa participation, le 4 avril 2006.
Cette vente, effectuée en même temps que celle du même montant par Daimler, l'autre actionnaire de référence du groupe européen, a rapporté 2 milliards d'euros à chacun, deux mois avant que soient rendus publics d'importants retards de livraison de l'Airbus A380 qui ont fait chuter le cours de bourse de 26% en un jour. Arnaud Lagardère a ajouté qu'il n'avait pas d'actions ou de stock-options à titre personnel.
«Je n'ai pas de leçon de patriotisme à recevoir»
«Je n'avais pas connaissance de retards avant le 4 avril et même jusqu'au mois de juin, il y a une différence entre difficultés industrielles et retards», a-t-il souligné. En ce qui concerne les conditions de la vente des titres EADS par Lagardère, il a estimé avoir agi «en patriote». «Je n'ai pas de leçon de patriotisme à recevoir et je n'avais pas besoin que l'Etat me dise qu'il faut des actionnaires français» dans EADS, a-t-il déclaré, estimant «normal» que la Caisse des dépôts et consignations ait racheté ses parts.
Le dirigeant a souligné que l'Etat avait été «informé le 28 novembre 2005» de sa décision de vendre cette participation. Il a réaffirmé avoir envoyé plusieurs notes et que ses services avaient eu «cinq ou six réunions voire plus» avec ceux du Premier ministre Dominique de Villepin et de Bercy, entre fin 2005 et mars 2006, pour les informer de la préparation de la transaction.
Aucun document à l'appui
Il n'a toutefois présenté aucun document à l'appui de ses déclarations, affirmant aux députés que l'Autorité des marchés financiers (AMF) et la justice, qui enquêtent toutes deux sur des délits d'initiés présumés, devaient avoir «tous les documents».
Des propos qui n'ont pas convaincu le député villepiniste François Goulard qui a jugé «pour le moins agaçant le style» d'Arnaud Lagardère. «Pour l'instant, son arrogance ne me paraît pas de très bon aloi». «Il a des responsabilités vis-à vis du pays, des salariés, de l'emploi. J'attends qu'il se comporte en bon chef d'entreprise», a-t-il ajouté. «En tant qu'héritier, qu'il gaspille sa fortune ça ne me dérange pas mais il y a derrière des intérêts industriels, des emplois», a-t-il insisté.