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«On respecte les profs, puisqu'on les vouvoie»

Céline est prof d'anglais au collège Jean-Jaurès, de Montfermeil, en Seine-Saint-Denis.
Céline est prof d'anglais au collège Jean-Jaurès, de Montfermeil, en Seine-Saint-Denis./S. POUZET / 20 Minutes

REPORTAGE - «20 Minutes» a passé une semaine dans un collège de Montfermeil. 3e jour.

«20 Minutes» a passé une semaine dans un collège de Montfermeil. 2e jour.

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Dépressifs, les profs de banlieue? Démotivés? Allons! Au collège Jean-Jaurès de Montfermeil (93), on en croise beaucoup qui ont encore le feu sacré. Même si entre eux, ils discutent sans cesse des soucis du quotidien. «Le pire, c'est de ressasser seul dans son coin, dit un prof de math. Ici, il y a deux profs principaux par classe. Et surtout, à la différence du lycée d'Aubervilliers [93] où j'étais avant, il y a une direction réactive.» Grâce à «l'équipe» éducative, les enseignants positivent. Comme cette prof de français, qui ne s'alarme pas et explique en montrant une copie: «Bon, d'accord, cet élève de 6e écrit "mais" à la place de "mes". Toutefois, en général, il n'y a rien d'irrattrapable.» L'enthousiasme a quand même ses limites. Surtout quand on évoque le manque de travail à la maison - «une plaie» - et la question de l'autorité.

«On ne répond pas, on s'explique»

Pour Laurent, surveillant depuis quinze ans dans la maison, «il y a moins de grosses bagarres. Mais auparavant, il y avait une forme de respect vis-à-vis de l'adulte et du professeur. Aujourd'hui, tout le monde répond au prof. Car il ne faut surtout pas perdre la face devant les copains.» Entre deux parties de baby-foot au foyer, les élèves se justifient: «Ce n'est pas qu'on répond, mais il faut bien qu'on s'explique. Et puis on ne leur manque pas de respect, la preuve: on les vouvoie. Alors que nos parents, on les tutoie.» Pour eux, le bon prof c'est celui qui «ferait faire plus de français et moins de grammaire», qui ferait «apprendre le piano au lieu de la flûte», ou celui qui n'enseignerait que «ce qui sert: si j'ai des invités, je ne vais pas leur parler du théorème de Thalès», lâche Karim*. Mais dès qu'on parle d'autorité, le propos est plus flou. «Il faut des profs qui sachent expliquer en souriant et qui soient autoritaires avec ceux qui foutent le bordel, dit David, en 3e. Il ne faut pas que les élèves prennent confiance.»

«Il faut s'imposer d'entrée»

Un prof de SVT (sciences de la vie et de la terre) encore jeune dans le métier confirme. «Il faut s'imposer d'entrée. Un jour, on m'avait prévenu que j'allais avoir une classe difficile et j'ai donc voulu faire copain-copain. Résultat : je me suis fait marcher dessus.» Fabrice, un prof de techno qui mesure près de 2 m, dit se servir de son physique. «Mais ici, c'est assez simple. Quand j'étais en stage à Boissy-Saint-Léger [94], les gars gardaient leur blouson en cours, fermé jusqu'en haut, sac sur les genoux, braqués. C'était à te dégoûter du boulot. Ici, j'ai écrit le règlement de la classe avec eux. Donc, ils adhèrent.» Reste le problème du dernier mot: «Si le prof pense qu'il a toujours raison, ça dégénère», dit Mike, en 4e. «Du coup, je ne réponds plus, je convoque à la fin du cours», explique Céline, prof d'anglais, arrivée de Savoie il y a près de cinq ans. Dans les couloirs, elle ordonne: «Enlève ta capuche» ; «Retire ton bonnet». Dans la classe, elle appelle régulièrement au silence. Mais les élèves l'écoutent malgré un bruit de fond permanent. «Pendant deux ans, je ne me faisais plus respecter, dit-elle. Et je craquais. A l'IUFM, personne ne m'avait prévenu que j'entendrais: "Ferme ta gueule connasse".»

«Les élèves sont limite paranos»

Et puis, après la visite d'un inspecteur d'académie, Céline a eu un «électrochoc»: «Je n'avais pas fait tout ça pour qu'on me parle comme à un chien. Alors j'ai changé mes méthodes. Alors j’ai changé mes méthodes. J’ai choisi des extraits de “Friends” ou des interviews de Thierry Henry plutôt que l’éternel exo de grammaire de la page 34. Et la discipline a suivi. Je les prends parfois par les sentiments en disant: “Tu vaux mieux que ça.” Bon, parfois, on les regarde par hasard et ils croient qu’on les cherche. Ils sont limite parano et il faut tout le temps se justifier.» Céline a toutefois repris goût à son métier. «Je m’étais toujours dit qu’au bout de cinq ans, je rentrerai chez moi. Mais ici, j’ai découvert que j’avais aussi un rôle d’éducateur. Et les élèves sont attachants. En tout cas cette année.»

A suivre...

Michaël Hajdenberg
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