« Un laboratoire pour la planète entière »

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Publié le 23 octobre 2007.

Jean-Louis Borloo

Jean-Louis Borloo

Ministre de l'Ecologie et du Développement durable.

Alors que les négociations finales s'engagent, comment voyez-vous l'issue de ce Grenelle de l'Environnement ?

Je tiens à saluer le travail de fond de tous les acteurs. Il faut déjà préparer le passage à l'acte qui suit cette échéance. Ma préoccupation, c'est de rattraper le retard de la France dans un certain nombre de domaines et, surtout, instaurer un système d'indicateurs et de suivi, indispensable pour une évaluation permanente des résultats.

Deux jours pour trancher des propositions élaborées en quatre mois, n'est-ce pas un peu court ? Cela donne aux ONG le sentiment que les dés sont jetés...

Non, les décisions ne sont pas prises en deux jours, les quatre mois de travail ont été très fructueux, regardez les conclusions. Les ONG ont pour rôle d'alerter et de rester vigilantes. Ce Grenelle, c'est bien au contraire le commencement de l'action !

Où allez-vous trouver l'argent pour financer les mesures ?

Il y a une erreur intellectuelle majeure sur l'idée que l'écologie coûte cher. C'est avant tout une question de méthode et d'organisation. Nous saurons impulser les moyens qu'il faut. En Italie par exemple, 48 % de la restauration collective est bio, car ils se sont organisés. Ça ne leur revient finalement pas plus cher aujourd'hui. Nous allons aider les filières agricoles bio à se développer pour parvenir à un objectif de 20 % en France.

Un projet d'incinérateur en forêt de Brocéliande, des projets autoroutiers en Alsace et à Bordeaux, de gros problèmes en Guyane française... Pensez-vous que les collectivités sont mûres pour mener leurs projets en concertation avec les citoyens ?

Les choses ont bien évolué en termes de concertation. Voyez par exemple les nombreuses réunions régionales autour des propositions du Grenelle, l'intérêt et la participation de très nombreux Français qui ont débattu. Il en ressort qu'il faut favoriser massivement le ferroviaire et les transports propres en offrant les infrastructures adéquates. Augmenter notre capacité routière et autoroutière n'est plus l'urgence. Le secteur du bâtiment absorbe 42 % de notre énergie... Voilà toute une série de sujets sur lesquels la concertation a fonctionné !

Comment le Grenelle peut-il être crédible alors que le gouvernement prône une croissance souvent incompatible avec les exigences écologiques du moment ?

Si je pense que le modèle de croissance mondial tel qu'il a été conduit jusqu'alors a « pillé la planète », nous travaillons aujourd'hui sur un modèle d'économie durable. Avec le Grenelle, la France cherche à démontrer que c'est réalisable. Si je prends l'exemple du découplage des biens et des services, c'est-à-dire vendre l'usage ou la location d'un bien plutôt que le bien lui-même (autopartage ou Vélib', ndlr), c'est une forme d'économie durable. Parmi les propositions, il y a le projet d'informer le consommateur du coût écologique des produits.

Comment le Grenelle peut-il traiter la question du nucléaire alors que le président Nicolas Sarkozy s'affiche comme son fervent promoteur ?

La vitesse des changements climatiques que nous constatons a changé le regard sur le nucléaire. Nos émissions de gaz à effet de serre sont les moins élevées d'Europe en raison de son utilisation. De même, les économies d'énergie proposées et notre détermination à développer les énergies renouvelables - jusqu'à 20 % d'ici à 2020 - entraîneront mécaniquement la baisse du nucléaire dans le bouquet énergétique français.

La France entend porter votre message écologique devant l'Europe lors de sa présidence en 2008. N'est-ce pas paradoxal alors qu'elle est à la traîne sur des points cruciaux ?

Tous les pays d'Europe suivent avec beaucoup d'intérêt les discussions françaises du Grenelle et nous sommes en avance sur certains points ! Par exemple, nous émettons en France 6,2 tonnes de CO2 par habitant, alors que la moyenne européenne est de 8,75 ! Certains membres proposent d'ailleurs que nous réfléchissions à un grand Grenelle européen.

Si un moratoire sur les OGM devait s'imposer, comme le souhaitent 85 % des Français, comment la France se positionnerait-elle sur le plan européen ?

Les OGM ont été traités jusqu'à présent comme un simple produit commercial dans les discussions de l'OMC. Il faut avant tout savoir de quels OGM on parle. Un consensus s'est dégagé avec tous les acteurs pour un texte de loi clair et une haute autorité indépendante pour sortir de l'hypocrisie sur ce sujet.

Vous n'avez pas droit à l'échec à l'issue de ce Grenelle ?

C'est un laboratoire pour la planète entière ! L'investissement de tous les acteurs et la qualité des propositions est une grande avancée. Nous engageons aujourd'hui l'étape opérationnelle, tous ensemble. Aucun pays ne s'est pour l'instant inscrit dans une politique ambitieuse de développement durable. C'est ce que nous faisons.

Propos recueillis par Catherine Levesque - ©2007 20 minutes
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