SCANDALE UIMM - Interview de Vincent Nouzille, co-auteur de «Députés sous influences»…
Vincent Nouzille, journaliste et co-auteur de «Députés sous influences» (éd. Fayard, 2006), a enquêté sur le poids des lobbies dans les couloirs du Parlement.
On entend que la caisse noire de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) aurait pu servir à financer des parlementaires. Ce que dément son président, Denis Gautier-Sauvagnac. Une telle hypothèse vous paraît-elle crédible?
Il n'y a aucune preuve à ce jour, il est donc impossible de soupçonner untel ou untel. Mais il est évident que le Medef entretient des relations de proximité avec des présidents de commission, des rapporteurs du Budget, des rapporteurs de missions d'information, des rapporteurs de projets de loi… Les fédérations patronales possèdent des relais puissants à l'Assemblée nationale. Les députés UMP Jean-Michel Fourgous (Yvelines), Olivier Dassault (Oise) et Louis Giscard d'Estaing (Puy-de-Dôme) appartiennent par exemple à l'association
«Génération entreprise», qui se fait l'écho des revendications des patrons. Ils ne s'en cachent d'ailleurs pas. Les apports des fédérations patronales aux parlementaires vont des arguments convaincants aux «petits cadeaux», comme des invitations dans des bons restaurants.
Mais de l'argent liquide a-t-il pu être versé également?
Impossible de le savoir pour l'instant. Mais entre la corruption pure et la conviction pure, le lobbyiste dispose d'une gamme infinie de moyens pour faire peser ses idées. Je ne sais pas précisément quel rôle a pu être celui de l'UIMM mais ce qui est sûr, c'est que depuis 2002, un certain nombre de textes votés par l'UMP comportaient des amendements demandés par le patronat. La fédération nationale du bâtiment, la fédération du commerce, les représentants des distributeurs ou de l'industrie aéronautique sont des habitués du genre.
Vous parlez beaucoup des élus UMP. Les autres ne sont-ils pas concernés?
Ce sont eux qui sont au pouvoir depuis 2002, il est normal qu'ils soient plus sollicités. Et puis traditionnellement, l'UMP entretient de bonnes relations avec le patronat.
Vous n'êtes donc pas surpris par le scandale UIMM…
Non, ce qui est surprenant, c'est l'ampleur du phénomène de financement indirect ou occulte. Un certain nombre d'élus ne doivent pas être très tranquilles en ce moment…
Propos recueillis par Alexandre Sulzer