«Une lecture surtout symbolique»

Publié le 22 octobre 2007.

REPORTAGE – Nicolas Sarkozy a demandé que la lettre de Guy Môquet soit lue dans les lycées, lundi. Au lycée Mansart, à Saint-Cyr-l’Ecole, les élèves sont partagés…

Bien loin de la polémique qui agite le corps professoral depuis la demande expresse de Nicolas Sarkozy d’inscrire au programme des lycées la lettre de Guy Môquet, les élèves du lycée Mansart, à Saint-Cyr-l’Ecole (78), ont fait en fonction du bon vouloir de leur professeur. Sans réticences.

Vite expédiée

«Notre prof d’anglais nous l’a distribuée ce matin, confirme Nicolas, élève de terminale. Mais nous ne l’avons pas lue, on a enchaîné sur le cours.» Pas trop déçu de ce traitement expéditif ? «Non, affirme-t-il avec un hochement d’épaule. On n’était pas en cours d’histoire.» Sur Guy Môquet, il admet n’avoir «aucun avis», entre nonchalance et indifférence. Un peu plus loin, Olivier, dans la même classe, compte bien la lire. «Je n’avais jamais entendu parler de Guy Môquet avant, souligne le lycée entre deux bouffées de cigarette. Mais sa lettre me semble intéressante.»

«Notre professeur de français doit nous la distribuer cet après-midi, indiquent Hervé et Yoan, élèves en première. Mais ça va être un poids pour lui car cela va empiéter sur son cours.» Pour eux se jouent cette année les premières épreuves du Baccalauréat. Du coup, la lettre Guy Môquet passe après. Ils ignorent encore si elle leur sera lue mais ont déjà leur avis sur la question. «Cette lecture est surtout symbolique, affirme Hervé. C’est une opération de communication de Nicolas Sarkozy.» Un discours volontairement critique qui n’empêche pas les deux élèves de reconnaître le devoir de mémoire. «Cette lettre est importante, concèdent-ils. Elle nous fait prendre conscience de ce qui se passait sous la Seconde guerre mondiale.» Et un effet de miroir efficace. «Son histoire nous touche forcément, on a le même âge que lui à sa mort,» explique Yoan. «Je pense que nous parler de cette lettre a pour but de nous faire comprendre la chance que nos avons d’être tranquillement au lycée alors qu’au même âge, d’autres étaient au front», renchérit Hervé.

«Il existe bien d’autres lettres de jeunes résistants fusillés»

Si l’intérêt de revenir sur cette période sombre de l’Histoire est bien perçu, certains déplorent le battage autour de cette lettre. Marina, Gabriela et Charles sont en terminale. La lettre leur a été lue lundi matin, en cours de philosophie, avant d’être prétexte à un débat. «Nous avons évoqué les raisons de cette lecture, sa nécessité etc.» rapporte Gabriela. «Dans l’absolu, la lecture de cette lettre n’a pas sa place dans un cours, même si je l’ai trouvée intéressante,» affirme Marina qui juge néanmoins qu’une lecture annuelle de cette lettre est une mauvaise idée. «Tous les ans, c’est trop», affirme-t-elle.

«Nous sommes forcément touchés par cette lettre et l’histoire qu’elle raconte. La Résistance est toujours un sujet d’étude important, mais il n’y a pas que Guy Môquet qui a payé de sa vie, souligne Charles. Il existe bien d’autres lettres de jeunes résistants fusillés et il serait bien de ne pas les oublier.»

DEBAT - La lire ou pas, telle est la question. Donnez-nous votre avis.
Sandrine Cochard
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