Alice Cardoso, professeur d'histoire dans un lycée de Noisy-le-Grand (93).
«Je ne lirai pas cette lettre pour plein de raisons. Tout d'abord, j'estime que c'est un non-sens pédagogique : en seconde, les élèves sont en train d'étudier la Grèce antique, et en première, ils étudient en ce moment l'âge industriel et sa civilisation ! Ensuite, cette lettre a beau être poignante, elle est purement privée, puisqu'elle émane d'un jeune homme qui dit adieu à ses parents. Donc elle ne dit rien sur l'engagement historique des résistants, ni sur la Résistance d'ailleurs, qui est bien plus complexe que ce qu'un seul témoignage peut montrer. La Résistance, bien sûr qu'on l'enseigne déjà, mais avec des documents replacés dans leur contexte. Là, parce que M. Sarkozy a été ému par une lettre, tous les lycéens de France devraient vivre un même moment d'émotion en forme d'«union sacrée» ! Et si demain il trouve l'aspirine efficace, on devra tous se soigner ainsi ! Les professeurs n'ont pas l'habitude d'obéir au doigt et à l'oeil à une injonction présidentielle. On instrumentalise l'histoire et l'école. J'y vois une entreprise délibérée de moralisation de la jeunesse.»