«On est prêt à repartir comme en 95»

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Publié le 18 octobre 2007.

SOCIAL – Près de 25.000 manifestants, selon la CGT, ont défilé dans les rues de la capitale contre la réforme des régimes spéciaux de retraite...

Les drapeaux des différentes centrales syndicales flottent dans le vent du boulevard Voltaire jeudi après-midi, dans le 11e arrondissement de Paris. CGT, FO, CFE-CGC mais aussi Sud ou Unsa, tous sont là pour manifester contre la réforme des régimes spéciaux de retraite. A l'avant de la foule composée majoritairement d'hommes, les secrétaires généraux de la CGT, Bernard Thibault, et de FO, Jean-Claude Mailly, ainsi que Gérard Aschieri (FSU), Annick Coupé (Solidaires) et Jean Grosset (UNSA). «Ensemble pour salaires, emploi, retraites, protection sociale, services publics», peut-on lire sur la banderole de tête.

La CFDT ne s'est pas associée à l'appel unitaire, jugé trop large, mais elle participe au défilé, représentée notamment par Jean-Louis Malys. Alors que la sono crache du Noir Désir, le cortège s'ébranle à 14h55. Les fumigènes s'allument. Si l'ambiance est festive - certains ironisent et lancent : «Cécilia avec nous» - les manifestants sont déterminés.

«Quand je veux tuer mon chien, je dis qu'il a la rage»

Jean-Paul, agent EDF de 46 ans, est venu exprès de Chaumont, dans la Haute-Marne. Militant CGT, il estime que «c'est une journée test». «En fonction du rapport de force, le gouvernement s'attaquera ou pas aux acquis sociaux de tous les corps de métiers». «On va faire comprendre qu'on est prêt à repartir comme en 95. Les patrons y avaient laissé des plumes», prévient-il, recueillant les applaudissements de ses collègues. Selon lui, le gouvernement a «la mainmise sur les médias» qui mettent la «pression» sur l'opinion publique. «Quand je veux tuer mon chien, je dis qu'il a la rage», lance-t-il.

Les cheminots privilégiés?

Les Français seraient-ils donc opposés à ce mouvement? C'est également ce que pense Fabrice, cheminot de 28 ans à la gare d'Austerlitz de Paris. Lui et ses jeunes collègues veulent «tout niquer». «Y'en a marre qu'on nous prenne pour des privilégiés. A 1.200 euros par mois, je serais un gangster? Je ne peux même pas me payer un HLM. C'est vrai que les conducteurs de TGV sont bien payés, on les appelle d'ailleurs les "barons du rail" entre nous. Mais nous ne sommes pas tous comme ça!», s'exclame-t-il. Son collègue Kim pense que les régimes spéciaux sont justifiés car lui, à 25 ans, «a déjà perdu des pourcentages d'audition à l'oreille gauche et droite». Quant à Aziz, il met sa paralysie faciale sur le compte du «stress au travail».

Moins virulente, Annie, infirmière de 46 ans syndiquée chez SUD Santé, pense ne pas pouvoir travailler jusqu'à l'âge de 60 ans. «Je bosse la nuit durant dix heures, c'est très dur». «Le gouvernement parle de privilèges mais n'évoque pas les 3-8, les vies disloquées à cause du rythme décalé de travail». «Si on bosse jusqu'à 60 ans, alors, on arrête le service hospitalier et le métro à 17h!», insiste-t-elle. «Nous bénéficions d'un régime spécial mais nous ne sommes pas comme les autres salariés».
Alexandre Sulzer
Chiffres

Selon la direction générale de la police nationale, les manifestations ont rassemblé 150.000 personnes dans l'ensemble de l'Hexagone.

A Paris, les manifestants étaient 25.000, selon la CGT.
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