SANTE - Interview d'une interne qui manifeste contre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale...
Amélie Chabrol, interne à l'hôpital de Montauban (Tarn-et-Garonne), a manifesté jeudi à Paris contre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui prévoit le déconventionnement des médecins libéraux en zones urbaines. Des milliers d'étudiants et d'internes en médecine (10.000 selon les organisateurs, 7.500 selon la police) ont défilé en blouse blanche avec elle depuis la gare Montparnasse. Interview.
Pourquoi manifestez-vous aujourd'hui?
Je suis dans la rue car le projet de loi est inefficace et injuste. Inefficace: des expériences similaires, réalisées au Québec ou en Allemagne, n'ont pas marché. Injuste: le patient va voir de plus en plus de médecins déconventionnés s'installer en ville, fixer des prix libres et ne pourra plus se faire rembourser ses médicaments par la Sécurité sociale. Nous, nous aurons toujours autant de patients car les mutuelles se feront une joie de faire des contrats spéciaux et chers incluant les médecins déconventionnés. Mais la médecine sera à deux vitesses.
Nous nous posons également une question: comment les pouvoir publics choisiront de conventionner ou pas les médecins qui s'installeront dans les zones urbaines en remplacement de ceux qui partent à la retraite?
Mais que préconisez-vous pour qu'il y ait davantage de jeunes médecins à la campagne?
L'image du médecin de campagne qui travaille 14 heures par jour est obsolète. Aujourd'hui les promos sortantes comportent 60% de femmes qui veulent voir leur enfant grandir. Pour remédier au problème de la solitude, il faut encourager le principe des «maisons médicales de santé» qui existent déjà dans certaines régions. Elles permettent aux médecins de se relayer pour assurer les permanences et partager les frais d'installation alors que les cabinets partagés sont rares dans les zones rurales.
Ne pensez-vous que l'opinion publique perçoive votre mouvement comme celui de nantis qui veulent défendre leurs intérêts?
C'est vrai que notre mouvement est mal perçu car nous n'avons pas le poids médiatique du gouvernement. Mais lorsque l'on prend le temps d'expliquer que l'Etat veut faire porter aux médecins libéraux la responsabilité du service public de santé de campagne, nous convainquons. D'autant plus que c'est l'Etat et pas nous qui ferme les hôpitaux de campagne. Le projet de loi actuel est un simple plan de réforme de financement de la Sécurité sociale qui cache son visage. Nous tenons à le faire savoir.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer