« On vient fleurir la tombe de notre tribunal dont la mort nous est annoncée par la presse », plaisante un avocat. Les robes noires de petites préfectures sont montées à Paris, hier, pour manifester leur refus de voir leur tribunal supprimé par la prochaine réforme de la carte judiciaire. Une trentaine d'avocats - dont plusieurs bâtonniers - se sont rassemblés aux abords du ministère de la Justice, les bras chargés de vingt-cinq bouquets de cent roses jaunes - couleur de l'espérance « mais aussi du cocufiage ».
La Chancellerie réservant ses annonces pour la fin du mois, les rumeurs vont bon train. « Il n'y a eu aucune concertation, les chefs de cours d'appel nous ont informés du rapport qu'ils comptaient envoyer à Paris, mais ils ne nous ont pas consultés », peste Yves-Marie Lehmann, ancien bâtonnier de Dole et conseiller régional UMP. L'objectif du ministère est de rationaliser la dispersion sur 800 sites des quelque 1 200 juridictions françaises. « En faisant cela, on va créer des déserts judiciaires, et de grandes usines à justice qui fonctionnent mal alors que les petits tribunaux sont très efficaces », estime Jean-Louis de Bourbon-Busset, bâtonnier de Fontainebleau. « Le paradoxe, c'est qu'on veut supprimer les juridictions qui sont proches des gens au moment où on crée des tribunaux de proximité », s'étonne un avocat.
Une délégation a été reçue en fin de matinée par le directeur adjoint du cabinet de Rachida Dati, qui n'a rien annoncé. « On est déterminé à conserver nos tribunaux, et les maires de tous bords des villes concernées se mobilisent avec nous », prévient Jérôme Alirol, bâtonnier de Millau. Une menace politique claire à quelques mois des municipales.