SOCIETE - La grande distribution se penche sur les conditions de travail de ses salariés…
Le débat sur la pénibilité a donné des idées à la grande distribution. La Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (
FCD) a lancé mardi un plan d'action visant à améliorer les conditions de travail des salariés.
Douleurs localisées
Des indicateurs de suivi de la santé des salariés seront mis en place à partir de janvier 2008 «pour déterminer les mesures de prévention nécessaires par types de formats de distribution et mesurer l'impact de celles déjà mises en place», a indiqué dans un communiqué la FCD, qui regroupe les principales enseignes de la grande distribution (Carrefour, Casino, Auchan, Monoprix, Cora...).
Les distributeurs vont également commencer à former les responsables de rayons et «sensibiliser» les acheteurs de matériels à partir du deuxième trimestre, les salariés du secteur attribuant la pénibilité de leur travail en grande partie à un équipement inadapté.
Ce plan d'action repose sur une étude réalisée fin 2006 auprès de 5.000 salariés, qui montre une prédominance des douleurs au niveau du cou, des épaules et du dos, mais aussi une importance de charges lourdes manipulées supérieures à 10 kilos et des dépassements d'horaires. Selon cette étude, la charcuterie cumule le plus grand nombre de contraintes, alors que la fromagerie apparaît comme moins pénible.
La caisse, centre des pénibilités
Un résultat contesté par Guy Limousin, de la
CFTC d’Auchan, qui élargit le spectre de la pénibilité aux problèmes autres que les charges portées. Sans renier la pénibilité des postes basés en charcuterie, le syndicaliste joint par téléphone souligne un oubli: celui du poste de caissière qui concentre selon lui un grand nombre de pénibilités. «Le problème numéro un dans la distribution ne se situe pas dans le magasin, où des outils aident les travailleurs, mais en caisse, affirme-t-il. Avec l’introduction du scanner, la cadence en caisse s’est accélérée, introduisant des douleurs aux articulations des bras. Sans oublier le nombre de kilos passés par les hôtesses de caisse, qui soulèvent parfois des paquets lourds.»
Outre la cadence, la caisse est également un lieu de tensions. Et de prison. «La relation avec les clients peut être délicate, souligne encore le syndicaliste à 20minutes.fr. Et les pause sont dictées par le flux en caisse : lorsqu’il y a du monde, elles sont repoussées. Certaines obtiennent ainsi leur pause une heure avant leur départ.» Mais les horaires atypiques de la grande distribution ne pénalisent pas que les caissières. «Cela concerne tous les employés du magasin, insiste Guy Limousin. Il n’y a plus d’horaires de jour ou de nuit, certains employés sont convoqués à 2h ou 3h du matin. De plus, ils changent sans arrêt, parfois d’un jour sur l’autre. L’organisme ne peut pas s’habituer.»
«Tout le débat est de savoir ce que recouvre la notion de pénibilité : ne prend-elle en compte que les contraintes physiques ou peut-on l’élargir à d’autres critères, comme les horaires ou la répétition des gestes? s’interroge François Rigoletti, de la
Confédération Autonome du Travail (CAT) de Carrefour auprès de 20minutes.fr. Nous attendrons de voir ce que le législateur décide pour saisir notre direction sur ce problème.»
Sandrine Cochard avec AFP