La finale opposait trois candidats. Mais ils étaient deux cents jeunes chefs d'orchestre de trente-quatre nationalités différentes à s'être présentés à New York, Pékin et Saint-Pétersbourg aux épreuves éliminatoires du prestigieux concours de Besançon. Vingt d'entre eux avaient finalement fait le voyage dans le Doubs. Les trois rescapés d'une semaine d'épreuves éliminatoires ont préparé la finale de samedi avec l'Orchestre national d'Ile-de-France. « Au-delà du prix, c'est une chance immense pour eux de pouvoir s'exercer avec un orchestre professionnel, l'instrument le plus cher du monde », explique le président du jury, le chef d'orchestre français Michel Plasson. En deux répétitions de cinquante minutes, chaque candidat a tenté d'amadouer l'orchestre. Le candidat allemand, Johannes Klumpp, a opté pour la flatterie : « C'est un grand honneur de diriger un orchestre de votre qualité, merci infiniment. » L'Australien Luke Dollman, plus détendu, leur a promis une tournée générale en cas de victoire. Le Singapourien Darell Ang, enfin, l'a joué coach humble et confiant : « Je n'ai pas de souci à me faire, car je sais que vous allez jouer merveilleusement bien ce soir. »
Le concert de la finale s'est déroulé, comme à chaque édition (tous les deux ans), à guichets fermés, devant un public enthousiaste. Entendre trois fois le même programme par le même orchestre pourrait sembler rébarbatif ; il n'en fut rien. Le concert a permis au public d'éprouver l'importance du rôle de chef d'orchestre à l'aune des différences d'interprétation : tempo, musicalité, intensité... Au terme d'une soirée où défilèrent sur les partitions Saint-Saëns, Ravel et Mantovani, le public comme le jury ont pris parti pour le Singapourien de 29 ans, Darell Ang, plus sûr, plus précis mais aussi plus mûr. Cette année, il était déjà lauréat du grand prix du Concours international de direction d'orchestre Antonio-Pedrotti, en Italie. Une baguette à suivre.