Après les accusations de dopage ressortis des tiroirs, les opposant à la nomination de Jean-François Lamour à l'Agence mondiale antidopage (AMA) sont passés à l'offensive de façon plus concrête. L'ancien ministre des Sports du précédent gouvernement s'est vu infliger un véritable camouflet, barré ce week-end à l'accès automatique à la présidence de l'AMA par les gouvernements siégeant au Comité exécutif. Un putsch qui ouvre un débat sur ses origines et sur le rôle futur de l'institution.
Flou total
Au delà de l'amertume du candidat longtemps unique qui s'est préparé durant un an à la succession de Dick Pound, avec l'assentiment de façade d'une partie de ses collègues, un flou total règne sur l'avenir de l'autorité antidopage qui semblait entrée dans une phase de stabilité. Le rival de Lamour, l'Australien John Fahey, inconnu dans le milieu et qui a déclaré son intérêt début septembre, à quelques jours de la clôture officielle des candidatures, a toutes les apparences du bras armé d'un complot anti-Lamour, voire anti-français, comme l'ancien ministre des sports n'hésite plus à le dénoncer à demi-mot.
Dans ces conditions, les attaques du mois de mai dernier (ses deux supposés contrôles antidopage positifs, vieux de quelque 20 ans) prend aujourd'hui tout son sens. Aujourd'hui, c'est tout un front anglo-saxon qui s'élève contre le député français proche de Jacques Chirac, programmé pour accéder à la présidence lors de la Conférence mondiale de Madrid, en novembre.
Pas une guerre philosophique
Samedi, lors de la réunion assassine où fut remise en cause sa candidature unique et décidée l'organisation de primaires Fahey/Lamour, ce dernier s'est vu, selon ses termes, «opposé à un bloc composé des représentants néo-zélandais, américain et sud-africain» qui ont entraîné l'Asiatique dans leur vote. Seul l'Européen s'est abstenu sous la pression, manquant contre toute attente l'occasion de devenir l'unique soutien du Français et de souligner l'illégalité de la notion même de primaires.
Il serait pourtant hâtif de gloser sur une guerre des blocs et des philosophies. Les Australiens et Néo-Zélandais (pays d'origine de John Fahey), visiblement à l'origine du putsch, ne sont pas les plus laxistes en matière d'antidopage et rejoignent souvent la ligne dure symbolisée par l'Europe de Lamour. L'ASADA, plutôt performante agence australienne, en est la meilleure preuve.
Rôle de «prestataire de services»
Il est indéniable, en revanche, que l'accession à la présidence d'un total inconnu, sans autre légitimité que ses qualités individuelles, fragiliserait l'institution et offrirait une large marge de manoeuvre à une politique de couloirs et d'influences dans laquelle s'engouffreraient notamment les fédérations internationales les plus rétives au pouvoir de l'AMA.
La Fédération internationale de football (FIFA) et l'Union cycliste internationale (UCI), par exemple, ont souvent demandé à l'AMA de s'en tenir à un rôle de «prestataire de services», comme ce fut encore le cas lorsque son président, Dick Pound, piqué au vif par les scandales à répétition qui ont marqué le dernier Tour de France, a proposé d'organiser un sommet sur le cyclisme.
A l'heure où le nouveau Code, qui sera adopté à Madrid, va offrir une plus grande liberté d'interprétation, notamment en matière de sanctions, «il est important d'avoir un AMA fort et cohérent», plaide Jean-François Lamour qui souhaitait inscrire son action dans la continuité de Pound, qui aimait à se donner l'image d'un «intransigeant».