HISTOIRE – Il contient les noms des compagnons d'infortune de l’auteur de «Si c’est un homme»...
Vingt ans après le suicide de
Primo Levi, soixante après la publication de «Si c’est un homme», son témoignage de rescapé d’Auschwitz, un autre document signé de sa main a été retrouvé dans les archives du mémorial israélien de
Yad Vashem, à Jérusalem.
On y trouve les noms écrits en toutes lettres de ses compagnons d’infortune, des noms escamotés dans le livre. Ceux que l’auteur a rencontrés entre septembre 1943, date de son arrestation en Italie, et janvier 1947, quand il est revenu de déportation. Ceux de son groupe de résistants, celui du traître «qui ne devait pas tarder à nous dénoncer», ceux des médecins juifs du camp d'Auschwitz, dont le Grec ayant «dénoncé les malades aux SS» et le Français, «plus humain», son chef de baraquement.
Selon la direction des archives de Yad Vashem, le document, daté du 14 juin 1960, était destiné aux juges d'instruction qui travaillaient à la préparation du procès d'Adolf Eichmann, capturé en Argentine par les Israéliens en 1960, puis jugé à Jérusalem et condamné à mort par pendaison le 15 décembre 1961.
«Quiconque oublie son passé est condamné à le revivre», écrivait Primo Levi. Depuis plus d’un demi-siècle, la littérature concentrationnaire, de Primo Levi à Robert Anthelme en passant par Charlotte Delbo, exerce horreur et fascination. En amont, une question reste irrésolue: comment écrire et penser après Auschwitz.
«Le Magazine Littéraire» s’y est penché ce mois-ci: «comment les rescapés des camps, d’abord paralysés par le souci d’oublier, d’effacer, de taire, choisissent de se faire entendre et de raconter l’indicible (…) Ces romans, loin de trahir la cause de la mémoire, parviennent à rendre encore plus présentes et poignantes les tragédies qu’ils décrivent».