C'est de loin l'un des meilleurs livres de la rentrée : La Chaussure sur le toit (Gallimard), quatrième roman de Vincent Delecroix est sans doute le plus étonnant. Tout commence avec une chaussure d'homme posée en équilibre sur le bord d'un toit. Cette incongruité est la cause ou la conséquence d'histoires qui arrivent aux voisins des immeubles en face. « La position de la chaussure, ancrée et vacillante, ni au sol, ni dans le vide, révèle celle des personnages en équilibre instable eux aussi », explique Vincent Delecroix qui saisit là l'occasion de décliner le principe du monologue sur la solitude, expérimenté depuis son premier livre, La Preuve de l'existence de Dieu.
Les histoires distinctes se répondent malicieusement à travers un subtil enchâssement. Il y a en effet beaucoup de jubilation et de plaisir dans ce roman finement structuré et délicieusement ludique. La maîtrise de l'écrivain est remarquable à travers une oeuvre profonde mais légère, de celles qui sont évidemment essentielles et dénuées d'arrogance.
A 38 ans, Vincent Delecroix sait conjuguer talent et humilité, et se moquer gentiment des académiciens qui lui font du pied pour l'accueillir dans le saint des saints du quai de Conti. « C'est amusant, mais c'est pas trop mon truc, tout ça. » Son truc à lui, c'est d'un côté le bonheur de l'écriture, de l'autre la philosophie, qu'il enseigne à l'Ecole pratique des hautes études et où il étudie actuellement la question de la vérité dans le discours religieux. Tout un programme...