Philippe Torreton en Dom Juan ? Pourquoi pas. Mais pour sa première mise en scène, à 41 ans, l'ancien pensionnaire de la Comédie-Française [qu'il a quittée en 1999] s'est attaqué à un gros morceau. D'autant que cette pièce a « tellement été censurée que personne ne peut affirmer l'avoir jouée dans son intégralité ». Intrigué autant qu'attiré par le séducteur invétéré de Molière, qu'il interprète également, Torreton veut imposer « une véritable prise de conscience » à « ce petit con », comme l'a un jour appelé affectueusement Michel Bouquet. C'est chose faite. Dom Juan, au début désinvolte et ridicule sous sa perruque grotesque, est progressivement mis à nu, moralement et physiquement, avant de finir dans l'angoisse et le dénuement. Il se débarrasse de ses artifices pendant que le décor, fastueux dans le premier acte, est réduit à une table au milieu du parquet incliné, au dernier acte. Les jeux de son et de lumière, tour à tour assourdissants ou aveuglants, donnent du relief aux tourments du personnage, et des trucages utilisés avec parcimonie amplifient l'effet de dépouillement. Le choix de Jean-Paul Farré, moins facétieux que prévu en Sganarelle scandalisé par l'attitude de son maître, accentue encore le contraste entre morale et culpabilité.