«Ce Tour de France, c’est le grand Barnum»

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Publié le 27 juillet 2007.

INTERVIEW – Brice Moulin, auteur de «Sport, fric et strass» (Ed. Eyrolles, 2002) analyse les rapports entre les médias, le cyclisme et le dopage sur le Tour 2007…

Entretien avec Brice Moulin, auteur de «Sport, fric et strass» (Ed. Eyrolles, 2002), sur  les rapports entre les médias, le cyclisme et le dopage sur le Tour 2007…

Contrôle positif de Vinokourov, exclusion du Maillot jaune Rasmussen par son équipe: que pensez-vous de l’édition 2007 de la Grande Boucle?


Ce Tour 2007, c’est le grand Barnum. J’ai l’impression de revenir neuf ans en arrière, à l’époque de l’affaire Festina. Depuis 1998, l’image du vélo n’a pas cessé de se dégrader. Mais là, on a peut-être franchi un nouveau palier. On voit des chaînes de télévision [en Allemagne] arrêter de diffuser l’épreuve après quelques jours. Ou un journal comme «Libération», qui refuse désormais de publier les classements. C’est un peu hypocrite, parce qu’en coulisse, on sait que c’est le grand n’importe quoi depuis longtemps. Mais ces initiatives posent une question: où va-t-on ?

Pourtant, France Télévisions assure que ses audiences sont bonnes depuis le départ du Tour à Londres…

Vous savez, en 1998, une enquête avait montré que l’affaire Festina avait fait de la publicité à la marque… Pourtant, là, on peut se demander si on n’approche pas d’un point de rupture. Si rien ne change, je ne vois pas comment la popularité de ce sport peut arriver à se maintenir. Je me demande quelle attitude vont adopter certains gros sponsors, comme LCL [ex-Crédit lyonnais], dont le contrat arrive bientôt à échéance. Je suis assez curieux de voir l’ambiance qui va régner ce dimanche sur l’arrivée aux Champs-Elysées. Et puis, que va-t-il se passer sur les autres épreuves à venir, comme le Tour d’Espagne. Les organisateurs de la Vuelta vont-ils accepter l’équipe de Vinokourov, Astana ?

Quant on regarde le Tour à la télévision, on voit les commentateurs révéler un jour un cas de dopage, puis reprendre un peu comme si de rien n’était le lendemain. Restent-ils crédibles?

A la télévision, les commentateurs sont des bateleurs. Ils sont un peu obligés de continuer à vendre l’épreuve, même s’il y a un côté faux cul, même si ça demande un peu d’amnésie. Ils ne peuvent pas scier la branche sur laquelle ils sont assis. Pourtant, sur le cas Vinokourov, présenté en héros avec ses genoux suturés, ils auraient pu se montrer plus prudents. Le type est un jour à l’article de la mort, en larmes, et deux jours plus tard, il gagne un contre-la-montre. Puis il prend une demi-heure de retard dans une étape pyrénéenne, et le lendemain, toujours dans les Pyrénées, il gagne. Ce n’était franchement pas crédible.
Recueilli par Nicolas Coisplet
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