A quoi sert François Fillon ? Difficile d'imaginer une question plus caricaturale, mais il n'empêche qu'elle est sur toutes les lèvres, à l'UMP et au PS, au moment où le Premier ministre s'apprête à prononcer devant l'Assemblée le traditionnel discours de politique générale.
A l'origine de cette interrogation, l'hyperactivité de Nicolas Sarkozy. Alors que Jacques Chirac se contentait de fixer le cap au gouvernement en matière de politique intérieure, son successeur s'occupe de tout lui-même. Résultat, François Fillon est inaudible. Une situation d'autant plus cruelle que le chef de gouvernement multiplie, en vain, les prises de position : pour la seule journée de vendredi, on trouve trace de déclarations de sa part sur la fusion GDF-Suez, le dossier du second porte-avions, les pôles de compétitivité, l'immigration du travail ou la fiscalité écologique !
Pour les opposants au gouvernement, l'aphonie du Premier ministre est du pain bénit. « François Fillon est une marionnette, le pouvoir est concentré à l'Elysée », résume brutalement le socialiste Benoît Hamon. Mais le principal intéressé est-il aussi embarrassé qu'on le prétend par la situation ? Pas sûr. Depuis longtemps, et même lorsqu'il se savait favori dans la course à Matignon en cas de victoire de Nicolas Sarkozy, François Fillon milite en faveur d'un président décideur et d'un Premier ministre simple exécutant. Il avait confié à 20 Minutes, lors d'une conversation « off », dès février 2006 : « La réforme fondamentale à mener en France, la première de toutes, est celle des institutions. Il faut un président qui prenne en main personnellement les affaires du pays. Cela fait quinze ans que je défends cette idée d'un régime présidentiel. Cela résoudrait un grave problème, celui de la discontinuité gouvernementale, avec ces gouvernements qui passent leur temps à défaire ce qu'a fait le précédent. Là, l'équipe aux affaires ne changerait pas pendant cinq ans. » Ironie du sort, François Fillon, de nouveau interrogé par 20 Minutes sur ces questions en février 2007, s'inquiétait : «J'ai du mal à convaincre Nicolas Sarkozy.» Depuis, il semble avoir été entendu.