Dominique Chagnollaud, constitutionnaliste, revient sur la personnalité de François Fillon, alors que le Premier ministre s'est fait prendre de vitesse par l'Elysée sur plusieurs déclarations.
Un Premier ministre passif. Cela peut-il poser un problème constitutionnel ?
Il y a des précédents dans les années 1960 avec un Premier ministre tantôt dans le rôle de majordome tantôt dans celui de chef de cabinet. C'est l'héritage des réformes du régime parlementaire sous l'impulsion de de Gaulle. Ce consensus existe à la condition qu'il y ait en contrepartie un rééquilibrage des pouvoirs.
Comment celui-ci peut-il se faire ?
C'est réalisable au moyen d'une revalorisation du rôle du Parlement et d'un renforcement du rôle de l'opposition. Le nouveau président s'est engagé à faire évoluer le régime en ce sens. Accorder la direction de la commission des Finances à l'opposition est une petite révolution en la matière.
Le président de la République devient-il omnipotent ?
Cela est moins vrai que dans les années 1960, de Gaulle et Pompidou étaient plus puissants. Il y avait moins de contre-pouvoirs tels que le Conseil constitutionnel ou le CSA, la justice était aux ordres du pouvoir, sans même parler du pouvoir qu'ont aujourd'hui les médias. Si Royal avait été élue, nous aurions sans doute assisté au même type de fonctionnement.