JUSTICE - Les avocats de survivants ont demandé leur audition pour évaluer le rôle de la France dans le génocide...
A peine
nommé docteur ès mondialisation par Nicolas Sarkozy, Hubert Védrine pourrait être entendu sur
le génocide au Rwanda, à l’instar des anciens ministres Alain Juppé et Pierre Joxe, et de plusieurs militaires. Les avocats de six survivants ont demandé leur audition, apprend-on auprès de leurs avocats Antoine Comte et William Bourdon.
800.000 morts
Les avocats des plaignants et plusieurs associations françaises pensent que la France est co-responsable du génocide rwandais, dans lequel 800.000 Tutsis et Hutus modérés ont trouvé la mort d'avril à juin 1994. Ils l’accusent d’avoir soutenu le gouvernement du président Juvénal Habyarimana, face à une guérilla conduite par Paul Kagamé, actuel président du Rwanda.
De fait, des documents officiels apportés au dossier judiciaire par William Bourdon et Antoine Comte,
publiés par «Le Monde» daté mardi, confirment le soutien de Paris à Kigali. Les exactions commises avant le génocide par les extrémistes hutus sont mentionnées à plusieurs reprises dans des messages diplomatiques ou militaires.
Position diplomatique de la France
C’est pourquoi les avocats estiment que le juge d'instruction chargé de cette affaire, Florenche Michon, devrait se pencher sur la position diplomatique française au début des années 1990.
Hubert Védrine était alors secrétaire général de l'Elysée (1991),
Pierre Joxe ministre de la Défense (1993),
Alain Juppé ministre des Affaires étrangères (1994). Les plaignants veulent aussi faire entendre Georges Martres, ambassadeur à Kigali de 1989 à 1993, son successeur Jean-Michel Marlaud (1993-1994) ainsi que Christian Quesnot, chef d'état-major particulier de François Mitterrand entre 1991 et 1995.
Les plaignants, qui ont obtenu l'ouverture d'une information judiciaire en 2005 pour «complicité de génocide», dénoncent également un supposé rôle ambigu de l'armée française dans l'opération humanitaire Turquoise, menée entre juin et août 1994 sous mandat de l'Onu.
Parie nie
Paris nie cette lecture de l'histoire. Les autorités françaises soulignent que les autres membres du Conseil de sécurité avaient retiré le contingent de casques bleus présent sur place avant 1994 et que seule la France a accepté d'y retourner alors que les massacres faisaient rage.
La France estime avoir sauvé des milliers de personnes. Elle nie par ailleurs avoir eu connaissance des préparatifs d'un génocide organisé par les autorités de Kigali.