EDUCATION - Les présidents de Paris-Dauphine, Aix-Marseille II et Poitiers détaillent les premières mesures qu'ils mettront en place...
Recruter du personnel de catégorie A, attirer les meilleurs chercheurs, mieux encadrer les étudiants... Interrogés par 20minutes.fr, les présidents des universités
Paris-Dauphine,
Aix-Marseille II et
Poitiers ont détaillé les premières mesures qu’ils mettraient en œuvre grâce à la
réforme sur l’autonomie des facs, dont le projet de loi doit
être examiné le 12 juillet au Sénat.
«Augmenter ses sources de revenus»
En conférant l’autonomie aux universités, le projet de loi les autorise à trouver d’autres ressources que les deniers de l’Etat pour se développer. Yvon Berland, président d’Aix-Marseille II, pense ainsi créer une fondation afin d’obtenir des crédits pour la recherche. Laurent Batsch, président de Paris-Dauphine, pense quant à lui passer des partenariats avec des entreprises et les collectivités locales. Avant même le projet de réforme, il avait par ailleurs déjà prévu d’augmenter les droits d’inscription. Jean-Pierre Gesson, président de l’université de Poitiers, attend pour sa part qu’un audit soit réalisé pour évaluer les besoins nécessaires pour passer à l’auto-gestion.
«Avoir des services administratifs plus compétents»
La souplesse octroyée aux présidents pour recruter des agents contractuels sur n’importe quel poste et équivalents à des emplois de catégorie A ravit Yvon Berland. «Nous manquons de cadres sur des postes administratifs qui réclameront d’autant plus de compétences avec le passage à l’autonomie, comme la gestion des ressources humaines, du patrimoine...»
Avant, selon lui, il fallait attendre le départ à la retraite d’un fonctionnaire pour le remplacer ou négocier pendant des mois pour transformer un poste de catégorie C en catégorie A. Désormais, la fac pourra recruter des contrôleurs de gestion venus du privé si elle en a besoin. D’aucuns saluent la souplesse introduite par cette réforme. Jean-Pierre Gesson pointe toutefois le risque de se retrouver avec une université divisée en fonctionnaires et en contractuels, «un peu comme chez France Télécom».
«Etre attractifs pour les meilleurs enseignants-chercheurs »
Gérer ses propres ressources signifie aussi gérer ses salaires. Un argument qui ne manque pas de séduire nos trois présidents d’université, qui pourront ainsi proposer des rémunérations plus attractives pour les enseignants-chercheurs. «Aujourd’hui, on n’est pas assez compétitifs pour attirer des grandes pointures, remarque Jean-Pierre Gesson. Avec la réforme, on pourra aussi leur offrir de meilleures conditions financières et matérielles de recherches.» L’enjeu est d’autant plus important, rappelle Laurent Batsch, de Paris-Dauphine, qu’une bonne partie des enseignants actuels (un tiers à Dauphine) vont partir à la retraite d’ici à cinq ans. L’occasion de redéfinir les besoins de l’université en termes de profils recherchés.
«Donner plus de moyens aux étudiants»
Rendre les universités plus compétitives est censé profiter en premier lieu aux étudiants. «Le budget consacré à un étudiant par an (7.000 euros) en France est l’un des plus faibles des pays industrialisés», déplore Yvon Berland, d’Aix-Marseille II, citant l’exemple des Etats-Unis (14-15.000 euros) et de la Suisse (23.000 euros). Tous s’accordent sur la nécessité de leur offrir de meilleures conditions de travail mais aussi de mieux les encadrer pour éviter l’échec en première année. «Passer du lycée à l’anonymat de la fac est souvent terrible», concède Laurent Batsch, notant au passage que 96% des étudiants de Paris-Dauphine finissent à bac+5.
«La fac doit redevenir attractive pour les chercheurs, mais aussi pour les étudiants», estime pour sa part Jean-Pierre Gesson, de Poitiers, qui compte développer les cursus à l’étranger. «L’université ne doit plus être perçue comme le dernier choix.»
Catherine Fournier