INTERVIEW - Christine Courcol, l'une des auteurs du livre qui officialise la rupture Hollande/Royal...
«Si vous pouviez éviter, dans vos dépêches, de présenter François Hollande comme mon compagnon…». Un silence. «Ce n’est plus le cas». Telle est la citation massue de Ségolène Royal inscrite noir sur blanc dès les premières pages d’un livre à paraître mercredi, «Les Coulisses d’une défaite», signé par deux journalistes de l’Agence France Presse, Christine Courcol et Thierry Masure (éd. L’Archipel). Ce livre raconte en fait, jour après jour, les coulisses de la campagne de celle qui fut la rivale de Nicolas Sarkozy. Interview de l’une des auteurs, Christine Courcol.
Quand a eu lieu votre interview de Ségolène Royal où elle annonce qu’elle n’est plus avec François Hollande?
Le 8 juin. C’est ce même jour qu’elle nous a demandé d’arrêter dans nos dépêches AFP d’accoler «compagnon de Ségolène Royal» à François Hollande.
Pourquoi n’avez-vous pas publié une dépêche AFP pour donner cette information?
Parce que Ségolène Royal nous a dit «ce n’est pas à sortir maintenant, c’est uniquement pour le livre». Elle tenait à ce que livre soit publié après les législatives, car ne voulait pas être accusée de polluer la campagne en sortant ses histoires de famille. D’ailleurs, quand l’information est sortie dimanche soir, c’est ce qui lui a été reproché.
Comment Ségolène Royal a-t-elle réagi quand l’AFP a décidé de rompre l’embargo et de publier l’annonce de sa rupture avec François Hollande avant la date convenue avec elle?
Elle n’était pas d’accord. Furieuse, elle a téléphoné dimanche soir à mon collègue, Thierry Masure, qui a plaidé non coupable en tentant d’expliquer que l’embargo avait été rompu parce que le site de Marianne et le JDD avaient commencé à en parler dès dimanche, et que le calendrier des médias n’était pas celui des politiques. Mais Ségolène Royal lui a répondu qu’elle nous tiendrait désormais à l’écart des infos la concernant. Et en effet, ce matin, notre journaliste de Poitou-Charentes n’a pas eu accès à ses déclarations.
Dans le livre «Maintenant» (éd. Hachette Littérature/Flammarion), publié en mars, Ségolène Royal affirmait, à propos de son couple, que «oui, nous sommes toujours ensemble et oui, nous vivons toujours ensemble». Cette déclaration était-elle fausse alors? Quel est la part de vrai et de faux?
Ce que je vais dire est un peu cynique, mais à ce niveau d’exposition, on ne peut pas toujours dire la vérité. Par ailleurs, quand ce livre est sorti et qu’elle y affirmait cela, j’ai l’intuition que Ségolène Royal et François Hollande étaient encore ensemble. Sinon, l’information serait sortie avant, tant ils étaient pistés. Ce n’est qu’un feeling mais je crois que leur rupture est assez récente. Cela n’a pas eu lieu en pleine campagne présidentielle, plutôt pendant la campagne législative. Mais encore une fois, ce n’est qu’une intuition, je n’en ai pas la preuve.
Dans votre livre, vous signalez que le 12 et 13 mai, Ségolène Royal est à Djerba avec ses enfants, mais sans François Hollande. Etait-ce révélateur de leur rupture selon vous?
François Hollande s’est beaucoup défoncé pour la campagne législative, il y tenait un rôle essentiel. Cela m’a donc paru normal qu’il ne parte pas en vacances. Cela ne signifiait pas pour autant la fin de leur histoire. Mais maintenant que l’on connaît leur séparation, forcément, en arrière fond, on se pose la question.
Pensez-vous que cette annonce de séparation prépare le terrain pour le poste qu’elle brigue, celui de secrétaire du PS?
Vendredi dernier, Ségolène Royal est allée dans le Val-d’Oise où il y avait DSK aussi. On lui a demandé si leur rencontre préfigurait un travail en commun, elle a répondu en passant «oui oui, bien sûr bien sûr». On peut donc imaginer que Royal et Strauss-Kahn bossent ensemble. Mais jusqu’où? On ne le sait pas. La bataille pour le poste de premier secrétaire du PS est une grande inconnue. Les jeunes piaffent d’impatience qu'Hollande s’en aille, Delanoë pointe le bout de l’oreille, Royal est là aussi, sans compter les Fabusiens et les Strauss-Kahniens.
Propos recueillis par Alice Antheaume