C'est un homme âgé de 57 ans, surdiplômé et issu d'un milieu favorisé. De qui s'agit-il ? Du député que vous vous apprêtez à élire. Ce portrait-robot de l'« homo parlemantarus » vient d'être dessiné par deux chercheurs du CNRS, Eric Kerrouche et Olivier Costa. Le résultat de leurs six années d'enquête, publié demain*, est riche d'enseignements. Aucune étude sur le profil des parlementaires n'avait été menée depuis plus de vingt ans.
Principal constat des chercheurs, le député moyen ne ressemble pas au Français moyen. Il est masculin à 87,5% - ce qui place la France au 84e rang mondial pour la représentation des femmes à l'Assemblée. Il est quinqua ou sexagénaire à une majorité écrasante, est cadre supérieur dans plus d'un cas sur deux, ouvrier ou employé à seulement 3,5 %.
Les années qui passent ne favorisent ni la mixité sociale ni la mixité générationnelle. En 1958, un député sur trois était âgé de moins de 40 ans. Cette proportion a chuté en 2002 à un sur seize. Les parlementaires venus du monde ouvrier ou des employés sont de moins en moins nombreux, en raison « du déclin du Parti communiste », indique Olivier Costa.
Par ailleurs, alors que le député UMP est plutôt un notable proche du Medef local, son collègue socialiste est souvent un pur produit des arcanes du parti, parachuté au besoin sur une circonscription. Autant d'éléments qui n'annoncent pas un renouvellement rapide de la classe politique, mais qui obéissent à une certaine logique. « Les citoyens élisent ceux qui leur semblent tout simplement les plus compétents, constate Olivier Costa. Ils estiment qu'il n'est pas nécessaire d'être une femme pour bien défendre les femmes. »