Hassen Slimani
Sociologue du sport.
Vous avez observé le centre de formation nantais au début des années 1990. Comment expliquez-vous le déclin progressif du FC Nantes, qui vient de mener le club en L2 ?
Le FC Nantes a été relégué sur le marché de la formation et de la détection. C'est sur ce socle que le club avait construit sa réputation dans les années 1970 et 1980. Il avait su trouver des recettes maison pour créer sa propre équipe et ses propres performances. Problème : au début des années 1990, la Fédération, pour continuer à avoir de l'emprise sur le foot, a élaboré un maillage de centres de préformation. Son idée était de socialiser les joueurs de plus en plus jeunes et donc de les faire rester dans leur club d'origine pour éviter des départs prématurés vers l'étranger...
En quoi le FC Nantes a souffert de cette nouvelle structuration ?
Il faut savoir que, désormais, les clubs acheteurs en France sont également des clubs formateurs [Lyon, Rennes ou Marseille]. Ce qui n'était pas le cas avant. Le FCNA est donc obligé de fonctionner comme eux, mais avec moins de moyens. Ceux qui ont un gros pouvoir économique vont piocher dans les centres de préformation et ont les premiers choix. Aujourd'hui, Nantes se retrouve avec des seconds couteaux ! La déstructuration profite aux plus riches. La réglementation fédérale a donc joué en défaveur des anciens clubs formateurs. La formation nantaise en a sans doute le plus pâti au niveau national !
Pourquoi les responsables nantais n'ont-ils pas pris en compte cette nouvelle donne ?
C'est bien là le problème. Il fallait en prendre conscience. Au lieu de cela, les nouveaux dirigeants ont annoncé : « On va faire de Nantes le Manchester United à la française ! » [déclaration de l'ancien président, Jean-Luc Gripond, en 2001]. Cela n'a pas de sens. Quand on se pointe avec ces idées-là et que l'on n'a pas conscience de la déstructuration de la formation, on multiplie les chances d'aller dans le mur.
On reproche souvent aux caciques actuels de diriger le FCNA comme une entreprise. Qu'en pensez-vous ?
Un club est une entreprise. Mais à vocation sportive. Il faut donc prendre en compte l'exposition médiatique et surtout la dimension humaine. Une équipe de foot traduit le mal-être d'un club en général. C'est très dur de travailler avec des gens qui ne vous donnent pas toutes les clés pour comprendre où vous allez et qui ne vous donnent pas d'assurance sur votre avenir [par exemple, le manque d'implication de l'actionnaire du club, Serge Dassault].
Une descente en L2 peut-elle avoir un impact néfaste pour la municipalité en place ?
Est-ce qu'un club de foot fait partie de l'intérêt public ? Je ne le crois pas. La relégation n'a pas le même impact qu'une politique sociale ou économique. Beaucoup de gens, à Nantes, n'ont pas comme préoccupation principale la descente du club en Ligue 2. De plus, l'effet sur les élections doit être très faible. Jean-Marc Ayrault [le maire PS de Nantes] n'a rien à craindre...