Ayant tout juste bénéficié d'un succès électoral (18,57 % au premier tour de la présidentielle), les centristes sont face à un dilemme. Orienter leur politique vers la gauche comme le souhaite leur chef, François Bayrou, ou vers la droite comme le préfèrent ses sous-chefs.
1Quelle est la stratégie de François Bayrou ?
L'objectif de François Bayrou est de figurer à la tête d'un parti puissant qui puisse incarner l'opposition au gouvernement pour mieux s'emparer de l'Elysée en 2012. Il a fait la moitié du chemin : en 2002, il refuse de fondre l'UDF dans l'UMP, puis il cultive son autonomie. Aujourd'hui, il veut que son nouveau parti, le Mouvement démocrate, devienne un contre-pouvoir de centre-gauche. Or son état-major est de centre-droit. En 2002, Bayrou avait réussi à sauver l'UDF alors que deux tiers de ses élus avaient rejoint l'UMP, mais il n'est pas sûr qu'il réussisse le même exploit.
2Le centre risque-t-il d'exploser ?
La force qu'a acquise le centre dans les urnes au premier tour n'a pas renforcé l'UDF à ce jour, bien pire, elle pourrait même provoquer une scission. Les ingrédients sont réunis : il y a deux noms, l'UDF et le Mouvement démocrate, une statistique, vingt-deux des vingt-neuf députés UDF ont affirmé hier leur soutien à l'UMP pendant l'entre-deux tours, et peu de temps pour concilier tout ce beau monde. A ce jour, ce sont les petits noms de l'UDF, Gilles Artigues, Anne-Marie Comparini, qui ont affirmé leur soutien au projet de Bayrou. Alors que les grands, Hervé Morin ou Maurice Leroy, veulent que les centristes soient du côté de la puissante majorité.
3 Bayrou pourra-t-il garder des députés ?
Outre la question du positionnement du parti centriste s'ajoute l'interrogation suivante : qui aura un siège de député à l'issue des législatives ? Les députés centristes sont inquiets, ils doutent de retrouver en juin les sept millions d'électeurs qui ont voté Bayrou le 22 avril. Hier soir, le comité exécutif de l'UDF s'est réuni à huis clos. A ce jour, le patron de l'UDF peut logiquement compter sur sept députés favorables à la métamorphose qu'il veut insuffler au parti. Mais certains pourraient faire demi-tour en cas d'alliance avec le PS.
4Comment l'UMP peut-elle contrer Bayrou ?
Dans l'absolu, l'UDF et le Mouvement démocrate peuvent provoquer plus de 400 triangulaires en juin. L'UMP a intérêt à créer un pôle centriste en son sein, une idée défendue notamment par Gilles de Robien, pour siphonner l'UDF en échange de désistements favorables aux nouveaux venus. Marielle de Sarnez, vice-présidente de l'UDF, a déjà qualifié les partants de « faux nez de l'UMP ». A court terme, l'UMP profite des tensions chez les centristes, d'autant plus qu'elles sont au moins aussi fortes chez son adversaire direct des législatives, le Parti socialiste. D'ailleurs, l'UMP est déjà passé à l'offensive en annonçant hier qu'elle investirait un candidat contre Bayrou, dans la 2e circonscription des Pyrénées-Atlantiques.
5Quels exemples
y a-t-il à l'étranger ?
Ils sont foison en Europe. L'Italie est ainsi dirigée par une coalition de centre-gauche, avec à sa tête Romano Prodi. Elle rassemble des démocrates et catholiques de gauche qui ont fusionné en un parti, les Démocrates de gauche. On y trouve également des communistes, des Verts et deux autres partis minoritaires. En Allemagne, une coalition historique associe le SPD des sociaux-démocrates au CDU des conservateurs. Idem en Autriche, avec une alliance gouvernementale entre conservateurs et sociaux-démocrates. Six autres pays pratiquent ce qui semble impensable en France, un gouvernement associant la droite et la gauche.