Bal tragique à Bastille

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Publié le 7 mai 2007.

REPORTAGE - Sur la place symbole de la gauche, avant les heurts, c'est la grimace...

Morose, même avant les heurts. Dès l’annonce des résultats, les mécontents se massent naturellement à Bastille. Mais la mayonnaise ne prend pas, à l’image de la ronde que quelques jeunes femmes tentent — en vain — de former tout autour de la place circulaire.

«J’ai la haine, parce que je ne reconnais pas la France dans laquelle j’ai grandi, mais je vais me mobiliser pour les législatives», explique malgré tout Naïma, qui peine à retenir ses larmes. Militante du Réseau Education sans frontières (RSEF), elle a voté Ségolène Royal. A l’image de Constance et Romain. Etudiants en géographie à Paris I, ils disent comprendre « le jeu de la démocratie » et braquent des pancartes vers les CRS qui bouclent le quartier. «J’ai honte d’être française» dit celui de Constance. «Berluskozy, diviser plus pour régner plus».

Des grappes de très jeunes hommes crêtés tentent un Chant des partisans, qui s’évanouit bien vite. Mohammed, qui habite dans le 11e, a trouvé les responsables : « Il y a eu des manipulations dans les médias, ça fait des mois que le score de Sarko est annoncé.Vous trouvez ça normal ? Tout ce que j’espère, c’est qu’il tiendra sa promesse sur l’égalité des chances ». Janie, kiné, ne veut pas mettre toute la défaite sur le dos des médias. Pour elle, c’est « le PS qui n’a pas suffisamment soutenu Ségolène. Jospin, il était où ? Strauss-Kahn, on ne l’a pas entendu. Fabius, c’est pareil. Et vous savez pourquoi ? Parce qu’ils ne voulaient pas d’une femme.»

Alexandre, étudiant en lettres à Paris 4, est « dégoûté du manque de mobilisation ». Il faut dire que derrière lui, la manif’ de Bastille change de visage. Un pantin à l’effigie de Nicolas Sarkozy est mis en flamme, et les groupes de désenchantés modérés se rabattent sur les boulevards alentours.

A 22 heures, une autre histoire faite d’affrontements entre CRS et lanceurs de pavés commence. Rue de Lyon, des voitures brûlent. Comme les illusions : dimanche soir, Bastille était vraiment désenchantée.
Raphaëlle BAILLOT
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