«Match nul, dans tous les sens du terme»

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Publié le 3 mai 2007.

REPORTAGE - Notre direct depuis le QG de campagne de François Bayrou où de jeunes militants UDF suivent le débat...

Le débat a pris fin, c’est l’heure du débriefing. Et de la déception. Morgane ne sait toujours pas pour qui voter dimanche. «Les deux ont été fidèles à leurs marionnettes, surtout Sarkozy et son Lexomyl, rigole-t-elle. Ça sautait aux yeux que le candidat UMP avait été briefé sur sa personnalité et qu’il ne devait pas être trop agressif. Royal, elle, souvent jugée incompétente, avait été briefée sur le fond de son programme», analyse celle qui remarque que les échanges «ont été plus spontanés que prévus».

Raphaël, qui penche plutôt pour Nicolas Sarkozy, n’est «pas plus avancé qu’avant». Il concède que Ségolène Royal, «mauvaise au début du débat, parlait de mieux en mieux et n’a pas flanché». «En femme autoritaire, elle a regardé Nicolas Sarkozy comme un petit garçon», s’amuse-t-il.

Déception partagée chez Barbara qui «penche toujours pour Royal mais est un peu moins convaincue qu’avant». Même si la candidate socialiste - «pugnace» - a su prendre l’avantage, notamment sur le bilan du gouvernement, «le débat n’a été que de la communication et des suites de discours convenus». Et de conclure, en bonne militante UDF : «ça me renforce dans ma volonté d’aider François Bayrou».

Même analyse pour Diane et sa petite sœur camerounaise Gaëlle: «Nous, on était "saucés", prêtes à nous laisser convaincre», expliquent-elles. «Mais après le débat, nous n’en savons pas plus. Pour résumer, disons qu’il y a un candidat pour le cœur et l’autre pour le porte-feuilles». La conclusion s’impose, mécanique: «cela nous confirme qu’il faut que le projet centriste soit présent aux législatives.»

Christelle regrette, elle, le «manque de fond de Ségolène Royal qui a pourtant su mettre Sarkozy en retrait et lui rentrer dedans». Elle ne savait pas avant le débat pour qui voter… «C’est toujours vrai», regrette celle qui a eu «l’impression d’être dans une cour de récréation». Match nul donc entre les deux candidats? «Match nul, confirme-t-elle. Dans tous les sens du terme».

Vers minuit
Le QG ferme, les militants vont manger (et boire) au Recrutement café, boulevard de la Tour-Maubourg, dans le VIIe arrondissement de Paris.

23h38
Fin du débat. Les militants centristes répondent sagement aux nombreux journalistes présents.

23h32
Nicolas Sarkozy accorde trois minutes de temps de parole de plus à Ségolène Royal. «Il n'a rien à dire», se moque une militante.

23h27
Vincent ricane lorsque Nicolas Sarkozy dit qu'une majorité d'élus UDF a rejoint sa candidature. «C'est un raccourci», car si des députés UDF voteront pour Sarkozy, ils ne le rallient pas pour autant, fait-il valoir.

23h22
La langue de Ségolène Royal fourche : «Je repète», dit-elle au lieu de «je répète». La salle rigole. Un peu grassement.

23h12
Le débat évoque l'Iran. Les centristes regrettent que l'Europe n'ait été abordée «que trois minutes».

23h11
La salle chante : «On veut Bayrou, on veut Bayrou, on veut, on veut, on veut Bayrou.»

23h10
Céline regrette que le débat sur l'Europe soit focalisé sur la Turquie et parle de «dérive raciste» lorsque Nicolas Sarkozy évoque le renforcement de l'islamisme.

23h06
Morgane note les points communs entre ce que disent Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy et le programme de François Bayrou. «Il y en a beaucoup», remarque-t-elle.

23h03
Le débat aborde l'Europe. Certains militants demandent plus de silence: «On est dans la salle Lecanuet après tout!»

23h02
«Ça peut arriver à tout le monde de s'énerver», dit Nicolas Sarkozy. La salle s'esclaffe.

22h56
«Tout n'est pas possible en politique», lance Ségolène Royal: applaudissements dans la salle. «Pour être président de la République, il faut être calme (...) elle a perdu ses nerfs», attaque Nicolas Sarkozy. Des «ohhh» fusent dans la salle. Visiblement, les centristes trouvent le propos gonflé. «Il y a des colères utiles», répond Ségolène Royal. Une militante glisse à l'oreille d'une autre : «Ca, c'est vrai». Mais quand Nicolas Sarkozy accuse Royal de sortir de ses gonds trop facilement, une militante chuchote : «Ça va se retourner contre elle».

22h54
Le mot «scandaleux» est lâché par Royal à propos des enfants handicapés scolarisés. De nombreux militants applaudissent.

22h52
«J'ai trop de respect pour vous laisser aller dans le mépris», dit Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal. Delphine et Morgane éclatent de rire.

22h50
Il ne reste plus qu'une seule bouteille de Coca-Cola Light dans la salle Jean Lecanuet. Et même plus d'alcool.

22h30
Raphaël, Stéphane et Morgane ont opté pour une pause cigarette dans la cour du QG. Raphaël, qui pense voter Sarkozy, reconnaît que Ségolène Royal «s'est réveillée après un début très mou». «Ça reste très techno, Royal déroule sur les sujets préparés à l'avance, ça manque de vision, notamment sur le rôle du Président». Mais ça ne la disqualifie pas d'office, «il va encore se passer des choses d'ici dimanche.»
Plus fataliste, Stéphane, qui va voter blanc, regrette un «match de ping-pong convenu». «Je n'ai envie de confier les manettes du pays ni à l'un ni à l'autre», tranche-t-il. Quant à Morgane, qui ne sait pas encore  qui choisir, elle se moque de rater de préciseuses minutes de la confrontation puisqu'elle regardera le débat intégral chez elle: «je l'enregistre», confie-t-elle.

22h16
Nordine, 25 ans, regrette que François Bayrou n'ait pas passé le premier tour en raison du niveau du débat. «On est dans des généralités. C'est facile de vouloir que les gens gagnent plus, qu'il y ait moins de pauvreté... On nage dans les lieux communs. Mais Ségolène Royal m'étonne par son style, plus combattif que Sarkozy». Verdict: c'est Bayrou qui est plus concret. On ne se refait pas.

22h15
Delphine n'en peut plus lorsque Nicolas Sarkozy dit vouloir réconcilier droite et gauche. Elle se lève et va «fumer une clope». Une nouvelle bouteille est débouchée.

22h05
Mohamed trouve Sarkozy nettement «au-dessus». «Il est Sarkozy: clair, concis. Elle, elle tient des tirades monotones, je décroche très vite quand elle parle.» Mais pas de quoi le faire voter pour le candidat UMP, un personnage qu'il dit «bien connaître».

21h56
Emmanuel, militant assis studieusement au dernier rang de la salle, confie qu'il y a deux styles inversés mis en scène. «Sarkozy veille à rester policé, Royal est offensive sans jamais être agressive. C'est un débat à fronts renversés. Royal est plus offensive car elle sait qu'elle n'est pas majoritaire. Léger avantage donc à Royal pour l'instant: elle impose davantage sa teinte au débat que Nicolas Sarkozy.» Lui risque de «pêcher par passivité».

21h50
Discussion autour d'un vin d'Alsace et d'un Chorizo. Une militante UDF trouve Ségolène Royal «pathétique car agressive». Une autre est en complet désaccord: «elle est punchy, elle fait sortir Sarkozy de ses gonds et démontre les incohérences de ses propositions.»

21h40
Passe d'armes autour du Medef qui contrôlerait, selon Ségolène Royal, un organisme de contrôle cité par Nicolas Sarkozy. Le candidat UMP répond en disant qu'il est dirigé par un proche de Lionel Jospin. «Cassée!», rigole une militante.

21h34
Ségolène Royal attaque et dit que l'Etat ne décidera pas seul du redéploiement des fonctionnaires. Explosion de cris et de «houras» dans la salle. Les militants commencent à discuter entre eux. Quelques-uns demandent plus de silence.

21h26
Un cri retentit: «Quelqu'un a un tire-bouchon?»

21h24
Ségolène Royal dit que la pédophilie n'a rien de génétique, «vous en conviendrez». Des rires explosent à nouveau, quelques militants applaudissent. Un point pour Royal.

21h Au siège de campagne de François Bayrou, dans le VIIe arrondissement de Paris. Une trentaine de jeunes UDF d’Ile-de-France se retrouvent – devant presque autant de journalistes - pour écouter le débat entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Quelques cacahouètes et bouteilles de vin viennent égayer la très impersonnelle salle «Jean Lecanuet» où un écran géant est allumé.

Ségolène Royal semble partir favorite dans le cœur des jeunes centristes. Ainsi, Barbara, 30 ans, votera pour la candidate socialiste quoiqu’il advienne au cours du débat. «Je suis enseignante, Sarkozy veut faire éclater le système scolaire par l’abolition de la carte scolaire.» Pourquoi être venue ce soir? «Je veux voir la réaction de mes collègues UDF car il faut construire ensemble après le second tour», répond-elle.

Sa copine, Odile, 25 ans, votera, elle, Nicolas Sarkozy. «Mais il ne faut pas le dire, c’est tabou ici», confie-t-elle, en rigolant à moitié. «Certains de ses propos me choquent notamment sur le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale», affirme cette Française d’origine afro-antillaise. «Mais que voulez-vous? Je suis plus près de l’UMP sur les questions économiques.»

Mohamed, 28 ans, lui, s’abstiendra «vraisemblablement». Le débat «ne devrait pas le faire changer d’avis» mais «c’est l’occasion de se retrouver». Et de glisser: «la fédération parisienne est plus à gauche que les autres sections des jeunes UDF.»

Christelle, trésorière des jeunes UDF, sait juste «pour qui elle ne votera pas». Pas besoin d'être devin pour comprendre que c'est du candidat UMP dont il s'agit.

Quand le débat commence, l’ambiance est studieuse, les militants écoutent attentivement. Lorsque Ségolène Royal parle de davantage de protection pour les femmes policières, des murmures brisent enfin le silence ambiant. Certains se prennent la tête dans les mains et semblent un peu inquiets.
Alexandre Sulzer
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