Le 1er mai 2002, les militants du Front national étaient plus nombreux place de l'Opéra, à Paris, et l'ambiance bien plus tendue. Hier, il n'y a eu aucun incident ni scène d'intimidation entre les militants, les passants et la presse. Face à une assemblée d'environ 3 000 personnes, dont beaucoup de personnes âgées et quelques crânes rasés, Jean-Marie Le Pen a entamé son discours par une allusion à la diffusion de ses idées dans la société : « Les temps ont changé, nous y sommes pour quelque chose. » Comme à son habitude, il a longuement célébré Jeanne d'Arc, « le plus prodigieux destin de l'histoire humaine ». Debout sur l'estrade ensoleillée, le président du Front national s'est dit « déçu et peiné » par le résultat du 22 avril : 10,44 % des suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle, soit un million de voix perdues depuis 2002. Mais ce mauvais résultat a été minimisé en « revers de circonstance ». La seule remise en cause sera finalement celle d'avoir « sous-estimé la puissance de sidération des médias ». Le Pen a mis en cause « le numéro d'illusionniste de Nicolas Sarkozy », dont le nom a été systématiquement hué hier. Il a détaillé son programme et célébré le fait que le FN soit « le premier dans les votes des ouvriers ». Face à l'échéance du second tour dimanche, il a enfin donné consigne à ses électeurs de « s'abstenir massivement » face aux « représentants officiels des partis qui ont mené la France dans le gouffre ». Soutenir Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal « serait illusoire et dangereux » puisque ceux-ci traitent les électeurs FN d'« extrémistes » et ne les considèrent pas comme des « républicains ».
Jean-Marie Le Pen n'a fait aucune allusion à sa campagne présidentielle, remise en cause au sein même du parti, ni à sa fille, directrice de campagne, décriée pour avoir « gauchisé » en vain le discours du candidat FN. Il a indiqué qu'il s'agissait en fait là de son « premier discours de la campagne législative » et a invité son électorat à « se réserver pour le premier tour des élections législatives les 10 et 17 juin prochains ». Le Front national a l'intention d'y prendre une « légitime revanche ». Il s'agira, selon son chef, d'« un test de l'influence politique du FN » dans le pays. Il en a donné hier un avant-goût : selon lui, ses électeurs égarés auprès du candidat UMP, « le joueur de bonneteau », vont « rentrer au bercail » lors des scrutins de juin. Quelle qu'en soit l'issue, Le Pen a répété à ses militants que de toute façon, « tôt ou tard, [leurs] idées arriveront au pouvoir ». Pendant le discours, deux militants cinquantenaires s'estimaient satisfaits de la consigne de vote. « Comme ça, je pourrais toujours écrire Le Pen sur le bulletin. » Arnaud Sagnard