DEBAT - Les deux interlocuteurs ont exposé leurs projets sans chercher le ralliement...
«C'est un évènement quand même !» C’est sur ce commentaire off de Ségolène Royal que
le débat qui l’a opposé à François Bayrou samedi matin s’est achevé. «Un événement» car pour la première fois dans une élection présidentielle, l’un des finalistes du second tour a débattu pendant 1h50 avec un candidat éliminé au premier tour.
Une Ségolène Royal «pugnace»
Reste à savoir ce qui ressortira de cette confrontation, que Ségolène Royal a préféré qualifier de «dialogue». De fait, le ton est rarement monté, les deux interlocuteurs se livrant même à quelques plaisanteries, signe que l’enjeu était loin d’être aussi important que
celui du 2 mai. Ségolène Royal est tout de même apparue «pugnace», ainsi que l’avait qualifiée Nicolas Sarkozy, dépassant largement le temps de parole qui lui était imparti. François Bayrou, stoïque, n’a pas cherché à s’imposer, laissant la finaliste développer en détail les grandes orientations de son pacte présidentiel.
Du ralliement au rapprochement
Le leader centriste n’a pas dérogé à sa position habituelle, renvoyant régulièrement les deux finalistes dos à dos et réitérant sa position d’outsider qui en a marre des «bénis-oui-oui et des bénis-non-non» de la droite et de la gauche. Malgré quelques appels du pied de la candidate socialiste, qui a plusieurs fois souligné que «des rapprochements n’étaient pas impossibles», François Bayrou n’a toujours pas donné de consigne de vote et ne sait toujours pas pour qui il va voter le 6 mai.
Si ce débat n’avait pas vocation à déboucher sur un «ralliement», comme l’ont d’emblée souligné Royal et Bayrou, il aura tout de même permis aux 16 millions d’électeurs qui ont voté pour eux de se faire une idée sur les points d’accord et de désaccord entre les deux programmes.
35 heures, retraite, salaire minimum européen
L’élue de Poitou-Charentes et le Béarnais sont apparus plutôt en phase sur la nécessité de réformer
les institutions de la Ve République,
d’organiser un nouveau référendum sur l’Europe et de mettre l’accent sur
la prévention en matière sociétale. En revanche, ils étaient radicalement opposés
sur le plan économique. François Bayrou a reproché à Ségolène Royal de trop compter sur la puissance publique pour relancer la croissance et l’emploi. Et de citer l’exemple des aides versées par l’Etat aux entreprises pour qu’elles embauchent ou la prise en charge du dépôt de garantie des locataires par les régions.
Parmi les autres points de désaccord, les 35 heures, que Bayrou ne souhaite pas généraliser aux PME, la loi Fillon sur les retraites, que Royal prévoit de réformer, le salaire minimum européen, jugé utopique par le leader centriste ou encore la carte scolaire, à laquelle Royal préfère le «libre-choix» tandis que Bayrou l’estime essentielle pour garantir «l’égalité des chances».
Alors «Est-ce que vous seriez prêts à vivre ensemble... au sein d'un grand parti?», demande Olivier Mazerolle en guise de conclusion, faisant rire l'assemblée. Réponse de Ségolène Royal : «Il s'appelle François, mais n'exagérons rien»...
Catherine Fournier