PRESIDENTIELLE – Le candidat UDF a la recherche de la bonne stratégie pour faire fructifier son bon score…
Des lieutenants fuyants, un discours alambiqué, et lundi matin, u
ne ambiance pesante à l’entrée du siège de l’UDF :
loin de la joie des militants, l’état-major de l’UDF est déjà à la recherche de la bonne formule pour
faire fructifier le score plus qu’honorable de François Bayrou. 18,57%, c’est trop peu pour se qualifier au second tour, mais assez pour apparaître comme l’arbitre du scrutin du 6 mai. Mais ce n’est pas simple pour la formation centriste.
Trois choix s’offrent à son leader. Tout d’abord rallier Nicolas Sarkozy. Un retour à l’envoyeur en quelque sorte: il y a cinq ans, avant 2002, les députés UDF étaient alliés à l’UMP. Le parti de Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs gelé les investitures dans les circonscriptions tenues par les députés UDF, dans l’hypothèse d’un retour au bercail. Une solution balayée par la plupart des soutiens de François Bayrou, Corinne Lepage en tête: «Ce qui est sûr, c'est que François Bayrou ne doit pas renouer d'alliance avec la droite», estime l'ancienne ministre dans un entretien à «La Croix» . «Sinon, cela ne valait vraiment pas la peine de fournir tant d'efforts pour faire entendre sa différence.»
Ralliement
Problème, dès dimanche soir, les sondages indiquaient qu’en vue du deuxième tour, les électeurs de François Bayrou se reportaient plutôt sur Nicolas Sarkozy que vers Ségolène Royal. Sentant le vent tourner, cinq parlementaires UDF (trois députés et deux sénateurs) ont déjà tourné casaque. Parmi eux, Michel Hunault, député de Loire-Atlantique, qui exprime sa «reconnaissance pour le combat» mené par François Bayrou mais considère qu'«il revient à Nicolas Sarkozy d'exprimer la volonté de rassembler, le plus largement possible, celles et ceux qui ont porté leur voix sur un choix différent».
«Le marteau et l'enclume»
«François Bayrou est pris entre le marteau et l'enclume», estime Philippe Braud, professeur à Sciences-Po. Pour avoir beaucoup de députés, il lui faut «des accords de désistement électoral réciproques, explicites ou tacites». Mais il lui est «impossible de se déjuger en appelant à voter Sarkozy.»
Autre solution, l’alliance avec Ségolène Royal, appelée dès avant le premier tour par Daniel Cohn-Bendit, Michel Rocard, Bernard Kouchner… C’est la suite plus logique pour François Bayrou qui n’a cessé de gauchiser son discours, la plus risquée aussi, tant il n’est pas sûr que son électorat le suive dans cette voix. Fidèle lieutenant de François Bayrou, Jean-Christophe Lagarde a assuré: « Nous voulons sortir du système binaire. On ne va pas entrer dans de petites négociations de couloirs.» Ségolène Royal s'est d’ailleurs déclarée lundi à Valence disponible pour «un débat ouvert et utile» avec François Bayrou.
Jean-Michel Apathie de RTL fait tout de même
sur son blog l’hypothèse que «François Bayrou va chercher à donner un petit coup de pouce à Ségolène Royal. Un petit coup de pouce, cela veut dire qu'il ne va pas appeler à voter pour elle, non, ce serait vulgaire, déplacé, donc pas centriste. Non, un truc, justement centriste, un peu à mi chemin du choix et du non choix, mais quand même quelque chose.»
Troisième voie
Mercredi, François Bayrou devrait annoncer qu’il a choisi la troisième voie: continuer son chemin indépendamment. Il devrait d’ailleurs annoncer le nouveau nom de son parti, en espérant que les 7 millions de voix qui se sont porté sur son nom ne s’évaporent pas d’ici au 17 juin, date des élections législatives.
Pierre Koetschet