REPORTAGE - Alors que l'état-major du parti se réunit, peu de responsables parlent...
Ambiance bunker lundi midi devant le QG de François Bayrou dans le VIIème arrondissement de Paris. Coincés entre un portail vert gardé par des vigiles et un tracteur rouge ostensiblement garé sur le trottoir en face, de nombreux journalistes font le pied de grue. Et attendent une réaction, un commentaire de la part des responsables UDF qui se réunissent, à l’abri des regards et des micros, au 133 bis rue de l’Université.
Rien ne filtre depuis que François Bayrou est arrivé sur place, accompagné de sa directrice de campagne, Marielle de Sarnez, à 9h45 le matin. Alors qu’il se retrouve au centre de l’échiquier électoral, l’ex-candidat joue à fond la carte du suspense et demande à ses troupes le plus grand silence.
Des militants bien discrets
Une élégante militante sort. Mais refuse de parler. Sur un ton indigné, elle s’étonne que les journalistes «n’aient pas la décence de lui laisser le temps de s’en remettre». De quoi? On ne saura pas.
Une autre prétend ne pas avoir l’intention de voter au second tour alors qu’un jeune UDF dit arriver «pour parler vacances» avec ses compagnons du parti. «Le 6 mai, je voterai blanc. Beaucoup de mes camarades vous diront la même chose», confie-t-il.
A 13h15, le jeune député-maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, apparaît mais s’éclipse aussitôt en lançant aux médias: «Pas la peine d’attendre, pas de son, pas d’image jusqu’à mercredi», date à laquelle le candidat de l’UDF doit s’exprimer publiquement.
«Nous sommes dubitatifs»
Seul Jean-Yves de Chaisemartin, président des jeunes UDF, prend le temps de parler aux journalistes. «Nous sommes dubitatifs sur la capacité de Royal et Sarkozy à rallier le projet UDF», explique fièrement celui qui prétend qu’il «n’est pas dans la tradition du parti de donner des instructions de vote pour le second tour». S’il avoue avoir eu la «visite» de jeunes UMP au QG dans la nuit de dimanche à lundi, il dit ne pas avoir encore décidé pour quel candidat il votera au second tour.
«non, non, non...»
A 13h20, François Bayrou sort discrètement par une porte latérale, accompagné de Hervé Morin, le président du groupe UDF de l’Assemblée nationale. Au journaliste de 20 Minutes qui souhaite lui poser des questions, il secoue la tête de gauche à droite et répond laconiquement «non, non, non…».
Poursuivi dans les secondes qui suivent par une petite dizaine de caméras, il s’engouffre dans la rue Surcouf pour une destination inconnue. Les badauds, établés aux terrasses, lui sourient, certains lui serrent la main. Un antiquaire, devant son magasin, crie : «Bayrou, c’est un traître». L’intéressé fait mine de ne pas entendre. Et parvient, quelques centaines de mètres plus loin, à semer la meute de journalistes, enfin lassée de son mutisme.
Alexandre Sulzer