«La peur n’évite pas le danger»

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Publié le 12 avril 2007.

TEMOIGNAGES – La communauté algérienne de France inquiète après le double attentat de mercredi…

Belleville, dans le 20e arrondissement de Paris, jeudi matin. Au lendemain du double attentat qui a ensanglanté Alger, la communauté algérienne de France ne cache pas son inquiétude. «Bien sûr j’ai peur! J’ai peur pour ma famille et pour toute l’Algérie», acquiesce Abdallah*, 52 ans, installé au soleil sur un banc du boulevard Belleville.
A quelques mètres, Bouziane, le boucher, cherche à se rassurer. «Je n’ai pas encore appelé ma famille, mais je pense que ça va.» Cela fait quinze ans qu’il a quitté l’Algérie et n’y retourne que rarement. «C’est difficile de vous parler du pays, je n’y suis plus beaucoup, regrette-t-il. Et je n’ai pas encore lu le journal ce matin…» Réajustant son bonnet et son tablier blanc, l’homme au visage fatigué assure néanmoins que le terrorisme ne l’empêchera pas de rendre visite à ses proches. «Au moindre problème, je prends l’avion immédiatement.» Dans la boucherie, ses collègues, la trentaine, ne disent rien.

«Ce n’est pas un Algérien qui a fait ça»

La peur pour ceux qui sont restés en Algérie éclipse les répercussions politiques des attentats. Personne ne s’aventure à faire un lien avec les élections législatives du 17 mai prochain. «Je ne sais pas, ces attentats ont eu lieu du jour au lendemain, sans prévenir» soupire Djamila, aux cheveux soigneusement rangés derrière un foulard rose pâle. Cette vendeuse dans une boutique de pâtisseries orientales, dont le mari et la fille sont toujours en Algérie, n’a pas de réponse à cette violence soudaine. «Tout ce que je sais, c’est que ce n’est pas un Algérien qui a tué des innocents comme ça, assure-t-elle entre deux clients. Personne ne peut savoir qui est derrière, Al-Qaida ou autre. Je pense néanmoins qu’il y a un lien entre ce qui s’est passé au Maroc et ces attentats, ce n’est pas normal cette coïncidence» Le spectre des années noires n’est pas loin. «J’ai connu la guerre, dans les années 1990, cette époque où l’on n’osait plus sortir de chez soi. J’ai très peur que ça recommence», confie-t-elle.

A Barbès, où la communauté algérienne est également présente, les rues noires de monde ne laissent rien paraître de l'inquiètude qui occupe les esprits. Deux jeunes Français, d’origine algérienne, sont postés devant une boutique de cartes téléphoniques internationales. Eux qui «rentrent au bled» cet été sont résignés. «Non, nous n’allons pas changer nos projets, affirment-ils. La peur n’évite pas le danger.»
Sandrine Cochard
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