«Après les élections, ils vont nous oublier»

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Publié le 6 avril 2007.

PRESIDENTIELLE - La campagne vue par des SDF du canal Saint-Martin en attente de logements définitifs...

Au début décembre, Marco vivait dans une tente au bord du périph. Il confiait alors à 20 Minutes qu'il allait s'inscrire sur les listes électorales parce que, pour une fois, il pouvait «être à égalité avec le mec qui habite le 16e». Et parce qu'il voulait qu'«on aide les Français de souche qui sont dans la rue». Bref, il s'apprêtait à «voter Le Pen».Cinq mois plus tard, Marco n'est plus le même homme. Devenu une des figures du canal Saint-Martin, il s'est battu pour la cause des sans-abri, a quitté son boulot de serveur et a fréquenté les ministères. «Borloo, c'est un mec honnête. J'ai confiance. Et puis tu t'aperçois que quand même les gars, ils font pas que se tirer la couverture. Ils bossent.» C'est pourtant vers Bové que devrait se porter son choix. «Il veut donner la priorité à ceux qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts. A quoi ça sert d'aller en Chine, de parler du drapeau français, alors qu'il y a des gens qui dorment dehors ?»


Marco en voulait aux étrangers ; il souhaite à présent qu'on les aide. «J'ai croisé des Iraniens sur le canal. C'est fou ce qu'ils ont traversé pour venir. On ne peut pas les abandonner.» Marco a fondé Les Enfants du canal et vit boulevard Saint-Jacques, dans l'étage d'un bâtiment que l'Etat a mis à la disposition de SDF pour quelques mois. «Mais après les élections, ils vont nous oublier, pronostique Mohamed qui passe dans la cuisine commune. Pour l'instant, ils veulent nous cacher, qu'on ne nous voit plus dans la rue. Mais ensuite ?»


Mêmes interrogations chez Véro, pour qui la politique c'est : «Dites-moi de quoi vous avez besoin, on vous dira comment vous en passer.» Désabusée, elle explique : « Deux ans pour créer des logements, vu de leurs bureaux, ça paraît rapide. Mais quand on dort tous les soirs dans une voiture avec son fils, c'est énorme. »Grâce à l'action menée au canal, Jean-Marc a, lui, pu intégrer un appartement non loin de son «QG», entre les cafés le Flore et les Deux Magots, où il fait toujours la manche : «J'ai mon appart, mais pas mes nouveaux repères.» Jean-Marc lit tout, suit tout, assis devant un kiosquier qui lui prête les journaux. Il estime à «30 % les SDF favorables à Le Pen». Un peu «anar», lui soutient Bayrou car « il arrive et dit "J'ai pas de programme, mais on peut remonter le pays tous ensemble"».

Jean-Claude et sa barbe de 1 336 jours se verrait bien à Neuilly «s'il y avait 20 % de logements sociaux. Pour les maires qui ne respectent pas le taux, il faudrait le doubler. Car plutôt qu'essayer de relever les gens, il faudrait empêcher les familles de tomber, qu'on ne puisse pas se faire virer d'un logement tant qu'il n'y a pas de HLM dispo. Parce que sinon, va trouver un bailleur avec ton RMI !»

Michaël Hajdenberg
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