En cette période électorale, la culture n'est que très rarement abordée. A la demande de collectifs tels que le Forum permanent pour l'éducation artistique ou la Société des réalisateurs de films, les candidats ont révélé quelques orientations, souvent peu précises. Du côté des acteurs de la vie culturelle, voici sept mesures urgentes et essentielles :
1. Ponctionner une partie de la cagnotte du Loto
Charlotte Laubard, directrice du Centre d'arts plastiques contemporains de Bordeaux : « Le financement est le problème central. On ne peut pas imaginer que le budget de la Défense soit baissé en faveur de celui de la Culture. On pourrait alors, comme en Angleterre, ponctionner une partie de la cagnotte du Loto en faveur des dépenses culturelles. »
Marie-George Buffet propose de consacrer 1 % du produit intérieur brut à la culture (et non plus 1 % du budget de l’Etat), soit 15 milliards d’euros (et non plus 11,5 milliards). Nicolas Sarkozy souhaite « sanctuariser » le budget de la Culture, tandis que Ségolène Royal et François Bayrou, plus prudents, déclarent seulement vouloir l’augmenter.
2. Inverser la pyramide des aides aux spectacles
Frédéric Hocquart, président du réseau Actes IF, regroupant vingt et une salles de spectacle d'Ile-de-France : « Quand le ministère de la Culture a fini de distribuer ses aides aux scènes conventionnées, il ne reste presque plus rien pour les salles de taille intermédiaire, pourtant plus dynamiques et novatrices. Le système hérité de la glorieuse époque des années 1980 s'est ossifié. Pour des raisons de visibilité, les régions, par exemple, aident des salles prestigieuses déjà subventionnées par l'Etat, c'est-à-dire le haut de la pyramide. »
Aucune proposition dans ce sens n’a été formulée par les candidats.
3. Relancer la décentralisation
Philippe Foulquier, directeur de la Friche de la Belle de Mai à Marseille : « Refonder l'exception culturelle française passe par un effort de décentralisation, en panne depuis vingt ans. Près de 75 % du budget de la culture ne profite qu'à Paris, soit 2,5 millions de personnes. Par exemple, les travaux du musée des Civilisations d'Europe et de la Méditerranée (Mucem), à Marseille, viennent enfin de commencer, alors que le musée du quai Branly à Paris a été inauguré il y a bientôt un an. »
Il y a consensus des candidats dans ce sens.
4. Soutenir les créateurs et la création
Jean-Charles Vergne, directeur du Fonds régional d'art contemporain d'Auvergne : « Il faut créer un statut social pour les créateurs - plasticiens, écrivains, etc. -, laissés pour compte face aux intermittents, et multiplier les incitations fiscales destinées aux particuliers qui achètent des oeuvres. Il faut également rééquilibrer les crédits entre l'investissement dans la préservation du patrimoine, beaucoup trop important, et le soutien à la création vivante, beaucoup trop faible. »
La plupart des candidats souhaitent renforcer la loi de 2003 sur le mécénat. Aucun ne parle d’une aide aux particuliers. Jean-Marie Le Pen souhaite accorder plus de crédits à la conservation du patrimoine.
5. Taxer les pirates
Yves Riesel, directeur du label de musique classique Abeille : « Ce n'est pas très populaire, mais il faut être ferme : dire la loi en matière de téléchargement de la musique et condamner les pirates à de lourdes amendes, assorties d'une obligation d'apprendre par coeur le code de la propriété intellectuelle. On pourra ainsi financer la création de centres d'enseignement de la musique, trop peu nombreux en France. »
Le PS et les Verts sont plutôt favorables à la licence globale. L’UMP souhaite l’abroger.
6. Ne pas toucher aux intermittents
Stéphane Colle, directeur du label de musique électronique Autres directions : « Les musiciens doivent pouvoir vivre de leur art. Or, ils ont de plus en plus de mal à accéder au statut d'intermittent. Il faut revenir à l'ancien système, moins restrictif. Et encourager la rémunération des artistes, c'est-à-dire encourager le téléchargement légal. »
Les candidats estiment tous que de nouvelles négociations sont souhaitables.
7. Mieux encadrer les librairies
Gilles Cohen-Solal, éditeur aux éditions Héloïse d'Ormesson : « L'économie du livre va mourir de sa surproduction. Tous les éditeurs en sont conscients, mais jouent un mauvais western : "Pose ton flingue et je poserai le mien". La solution viendra, dans un premier temps, des libraires. Il faut réduire leur droit de retour, qui les encourage aujourd'hui à passer des commandes de livres qu'ils savent ne pas pouvoir écouler. Parallèlement, il faudrait aider financièrement ceux qui mettent en avant la littérature. »
Aucune proposition dans ce sens n’a été formulée par les candidats.