MIRACLE – Interview d’un neurologue alors qu’une religieuse affirme avoir été guérie en pensant à JPII …
Une religieuse, qui dit avoir souffert de la maladie de Parkinson, affirme aujourd’hui avoir été guérie. Trois questions à Franck Durif, neurologue et directeur du département de neurosciences de l’hôpital de Clermont-Ferrand.
Le témoignage de la religieuse, qui pourrait servir au procès en béatification de Jean Paul II, est-il plausible ?
Sur le plan médical, non. La maladie de Parkinson est une maladie neuro-dégénérative, c’est-à-dire que les cellules nerveuses disparaissent définitivement. Aucune guérison n’est possible aujourd’hui. Il peut éventuellement s’agir d’une maladie de Parkinson peu évolutive dont les symptômes, faibles, sont rendus invisibles par un traitement régulier. Mais cette hypothèse, qui ne correspond pas au témoignage de la religieuse qui se dit définitivement guérie, supposerait de la malhonnêteté de sa part.
Le diagnostic, qui attribuait la maladie de Parkinson à la religieuse, peut-il être faux ?
Oui, d’autant plus que la maladie de Parkinson présente un piège diagnostic. Une simple dépression nerveuse, qui provoque une lenteur physique – l’un des principaux symptômes de Parkinson avec les tremblements – peut être confondue avec cette maladie.
Certains traitements médicamenteux – comme celui contre les bouffées de chaleur chez les femmes ou des médicaments neuroleptiques contre les troubles du comportement psychique – peuvent aussi provoquer des symptômes similaires à la maladie de Parkinson. Si le traitement est arrêté, les symptômes disparaissent. Ce qui pourrait expliquer le cas de la religieuse.
Autre explication : il peut s’agir de syndromes parkinsoniens dits «psychogènes». C’est-à-dire des troubles psychiatriques qui poussent le malade à reproduire, consciemment par simulation ou inconsciemment par hystérie, les symptômes de Parkinson. A Clermont-Ferrand par exemple, un ou deux cas sont révélés chaque année.
L’annonce par le Vatican qu’il serait donc possible par miracle de guérir de la maladie de Parkinson ne risque-t-elle pas de donner de faux espoirs à vos patients ?
Certains de mes patients se sont montrés sceptiques par rapport à ce que dit l’Eglise. De toute façon, beaucoup d’entre eux, déçus par la prise en charge classique de la médecine, se tournent d’ores et déjà vers des médecines parallèles : homéopathie, acupuncture. D’autres consultent des magnétiseurs, qui sont certes des charlatans mais dont l’activité ne présente aucun risque médical. L’irrationnel fait partie de l’humain.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer