Victimes d'un incendie de leur stockage de fourrage le week-end dernier, François et Martine Dromard sont plus préoccupés par la façon dont ils vont nourrir leurs chèvres que par la présidentielle. Ce qui n'empêche pas ces producteurs de fromage installés depuis vingt-sept ans dans leur ferme de Thil, à une demi-heure de Toulouse, d'avoir des suggestions à faire aux candidats. Ils le savent, la France n'est plus rurale. « L'agriculteur est minoritaire. » En trois ans, de 2000 à 2003, le nombre d'exploitations a chuté
de plus de 10 % dans la région.En trois décennies, le couple a vu le métier évoluer, pas toujours dans le bon sens. « On est devenu une activité administrative. J'ai lu qu'un agriculteur passait 25 % de son temps à faire des papiers. Aujourd'hui, vous ne pouvez pas mettre du fumier sans le déclarer. Il faut retrouver une certaine autonomie et une liberté dans la production », insiste le quinquagénaire.Pour échapper à la pression des intermédiaires ou des grandes surfaces, ils ont créé leur réseau de clientèle. Une production à petite échelle tournée vers le local qu'ils aimeraient reproduire dans un désir utopique. « Ça peut être viable, même si cette alimentation est encore ciblée vers les riches. Mon fromage n'est pas au prix du cabécou industriel », reconnaît François Dromard. La solution, c'est aux politiques qu'il la réclame, aux négociateurs de la PAC qui a fait des acteurs du monde rural des « assistés », à l'opposé de la mentalité paysanne. « Pour rentabiliser mes terres, je chasse la prime. Il y a une crise morale, vous ne trouvez plus d'agriculteurs heureux et fiers de faire leur travail », déplore-t-il avant d'ajouter : « On ne peut pas devenir les paysagistes de la France, on est là pour la nourrir. » Et pourtant ils ne regrettent pas d'avoir choisi cette profession, malgré des années à manger de la vache enragée : « Nous ne sommes pas de souche paysanne, nous avons donc fait petit à petit. Si nous n'avions pas eu un héritage, je ne sais pas si nous aurions tenu le coup. »Pour y arriver, ils se sont diversifiés en cherchant à valoriser leur production. Ils se sont tournés vers l'agrotourisme, en adéquation avec leur philosophie d'éducation. En organisant des goûters et une ferme découverte, les époux Dromard ont trouvé un moyen de communiquer avec les citadins, de répondre aux questions. Car souvent ils se sont sentis montrés du doigt, culpabilisés sur les questions d'irrigation, d'OGM ou de pollution. « Et pourtant nous sommes la profession qui s'est la plus remise en cause, nous avons pris conscience des erreurs et des conséquences sur l'environnement », estime l'agriculteur. Alors pour lui, « il ne faut pas chercher le salut de l'agriculture dans la politique, mais il y a quand même des décisions à prendre. »