A qui pourraient profiter les violences de la gare du Nord ? Difficile de jouer les oracles à près de trois semaines du premier tour de la présidentielle. Les différents candidats ont eu tôt fait hier de se rejeter la faute les uns sur les autres. Dans la ligne de mire du PS et de l'UDF, l'ex-ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy. « En cinq ans d'un gouvernement de droite qui avait fait de la sécurité son thème de campagne, on voit que c'est l'échec sur toute la ligne », a déclaré hier Ségolène Royal. François Bayrou a, lui, estimé qu'« on en arrive là parce que, depuis longtemps, on a fait de la police uniquement une force de répression ». Le candidat centriste a précisément daté ce changement « depuis la présence de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur ».L'intéressé a répondu par l'ironie : « Si la gauche veut être du côté de ceux qui ne paient pas leur billet dans le train, c'est son choix. Moi, je ne serai pas du côté des fraudeurs, des tricheurs, des malhonnêtes, je suis du côté des victimes », a déclaré Nicolas Sarkozy. Surtout, celui qui oeuvrait encore Place Beauvau la semaine dernière a défendu ses anciennes troupes policières. « Les forces de l'ordre ont réagi avec beaucoup de maîtrise », a-t-il estimé, ajoutant qu'elles « n'ont jamais été autant plébiscitées par les Français ».Le candidat de l'UMP sait qu'il est dans une position inconfortable. « Nicolas Sarkozy est à la fois le premier bénéficiaire et le premier perdant dans cette affaire de la gare du Nord, analyse François Miquet-Marty, de l'institut LH2. D'un côté, ces violences ternissent un peu plus encore son bilan à l'Intérieur qui commence à être critiqué, mais dans le même temps, Sarkozy est cité systématiquement dans les études d'opinion comme le candidat le plus crédible sur l'insécurité. » Une position tempérée par Sébastian Roché, chercheur au CNRS. « Sarkozy sait qu'il ne doit pas céder sur ces questions, mais il sait aussi qu'il ne doit pas ajouter à la provocation. Ses mots "racaille" ou "Kärcher" de 2005 sont très mal passés auprès des jeunes, mais aussi de l'ensemble de l'opinion publique. Une nouvelle explosion en banlieue lui coûterait sûrement la présidentielle. »