Dès que Sosana Marcelino arrive en scène, fine et fragile, il est évident qu'on a affaire à une danseuse. Pourtant, Só*, son solo, crée un trouble immédiat. Car Sosana ne se contente pas de danser, elle propose une confession : ses gestes s'accompagnent d'une évocation de son enfance au Portugal. Et la violence de ses mots - en portugais - contraste avec la douceur de ses gestes. Même heurt entre les accessoires : le noir gilet de laine un peu triste des femmes de pêcheurs sur son corps blanc, presque nu, qui va dévoiler un tutu blanc, son seul trophée...Car il s'agit ici d'évoquer la douleur, puis la révolte d'une fille de maçon immigré qui n'a jamais compris que la danse puisse être autre chose qu'une dépravation. Face à l'abomination, la petite fille rêvait pourtant, elle, de chaussons et de tulle blanc. C'est ainsi que Sosana a fini par fréquenter un cours, mais trop tard pour être danseuse, au sens classique du terme. Alors elle s'est jetée dans la danse contemporaine. Une discipline qui s'est ouverte à elle pour qu'elle puisse témoigner du courage qu'il faut pour dépasser les interdits familiaux, les contraintes sociales, le regard des autres. Et concevoir aujourd'hui ce bouleversant solo. « Seule ma mère l'a vu, pas mon père, raconte Sosana Marcelino. Elle m'a dit que ça la gênait que j'exprime ce que j'ai vécu et ne comprend toujours pas que ça puisse intéresser du monde... » Le public permet ainsi à cette création de se jouer jusqu'au bout des contraires. Só veut dire seul en portugais.
* Du 26 au 31 mars au Théâtre du Kiron (Paris 11e).