Sarkozy à 7 000 kilomètres de Paris

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Publié le 26 mars 2007.

PRESIDENTIELLE - Le scénario se répète si souvent qu'il ne doit pas relever du hasard. Ses ingrédients sont tout simples ...

Le scénario se répète si souvent qu’il ne doit pas seulement relever du hasard. Ses ingrédients sont tout simples : pour commencer, éloignez-vous de quelques mètres de la foule survoltée de militants et de sympathisants massée en grappe autour de Nicolas Sarkozy. Ensuite, interrogez le premier quidam venu. A tous les coups ou presque, il manifestera sa circonspection. Pas réservée au champion de l’UMP, mais à tous ces candidats venus de 7000 kilomètres de là, « de France », comme disent tant d’Antillais sans y inclure leurs îles.
Il est tard ce jeudi soir, la réunion publique du candidat aux Abymes (Guadeloupe) s’est conclue par une standing ovation il y a bien trois heures de cela. Pas assez pour que cet immense gaillard, croisé à la réception d’un hôtel du Gosier, ait retrouvé son calme : « J’en ai marre de ces candidats venus nous dire la même chose ou presque qu’à Lyon ou à Bordeaux. Qu’ils se réveillent ! Ici ça n’a rien à voir. Rien que ce soir en Guadeloupe il y a des grèves de transports, à la chambre des métiers, au palais de justice et au service des eaux.» Sans compter que ces tensions peuvent donner lieu à des situations extravagantes vu de métropole. En témoigne, placardé sur la porte d’ascenseur de l’hôtel, cet avertissement surréaliste qui vaut pour tout le sud-Est de la Guadeloupe. « Chers clients, suite à un mouvement social des coupures d’eau affectent le réseau. Nous vous invitons à faire un petit stock d’eau dans votre baignoire en dépannage. » Tout aussi surréalistes sont les raisons du mouvement social à l’origine de ces coupures : « Les employés sont furieux qu’une promotion ait été décidée sans affichage préalable du poste à pourvoir », explique sans rire un journaliste local. Mais ce n’est pas tout. Car, fait remarquer ce même reporter, la grève observée depuis novembre par des employés de la chambre des métiers est autrement plus lourde de conséquence. Mille jeunes auront été privés de leur année de formation dispensée par le CFA (centre de formation des apprentis) du département. Là encore, il faut se pincer pour croire au motif de ce blocage : les employés réclament l’intégration de deux contractuels », explique le même journaliste.
Pendant ce temps-là les candidats font campagne. Promettent une zone franche globale (Nicolas Sarkozy), une préférence régionale à l’emploi (Ségolène Royal), la sécurisation des côtes contre l’immigration clandestine (François Bayrou). Sans toucher au cœur des préoccupations des Antillais. Les témoignages de ce désarroi tombent sur les prétendants à l’Elysée en visite aussi sûrement que la pluie tropicale. « Le marché local ne suffit pas, et exporter coûte trop cher », se désole ce responsable agricole. « Les étudiants des Antilles-Guyane sont oubliés, ils n’ont pas de statut spécifique alors qu’ils doivent acheter un billet d’avion pour un simple entretien dans une grande école. » dénonce Christine Seveur, de l’association étudiante Casée. D’autres sont plus sévères avec la population. « L’Etat n’est pas responsable de tout », s’époumone cette militante venue acclamer Nicolas Sarkozy à l’aéroport de Fort-de-France (Martinique). Pascal Dagnet, exploitant agricole guadeloupéen, stigmatise « les nombreux rmistes qui préfèrent cumuler les boulots saisonniers au noir plutôt que de trouver un emploi. C’est aussi aux Antillais de se retrousser les manches »

« De toute façon pour nous comprendre il faut vivre ici », tranche Marc étudiant en droit. Comprendre quoi ? « Que les grèves à répétition sont dues à une très grande frustration, parce que les gens ici considèrent qu’ils ne sont pas traités comme en métropole au niveau des statuts et des salaires, alors que la vie ici est très chère », estime ce jeune infographiste. Entre le taux de chômage qui oscille entre 22 et à 24 %, l’immigration clandestine venue d’Haïti et de Dominique très mal tolérée, la vie chère symbolisée par les tarifs aériens, le cocktail est amer. « Les tensions sont beaucoup plus grandes que ne l’imaginent les candidats. Ils ont bien des relais locaux, mais aucun d’entre eux n’ose franchement leur dire ce qu’il en est » confie encore ce journaliste antillais.
Ce vendredi matin Massya et Leurny assistent au bain de foule auquel s’adonne Nicolas Sarkozy sur la place du marché du Moule (Guadeloupe). Jeunes trentenaires, ils ont tous deux un emploi, un logement. Pas assez pour voir cette campagne d’un bon œil. « Les candidats ne comprennent rien. La vérité, c’est qu’ici on ne peut pas aller étudier en métropole si les parents ne nous aident pas. C’est que pour avoir un bon boulot il faut partir en métropole. Trop de choses ne vont pas. Jusque l’eau du robinet qui n’est pas traitée comme il faudrait » Leurny est déçu.. Il comptait bien en toucher deux mots au candidat de l’UMP . Impossible « Avec tous ces journalistes et ces supporters autour de lui, on ne peut pas lui parler.»
Envoyé spécial, Stéphane Colineau
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