«Il suffirait que l'UE et les Etats-Unis s'entendent»

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Publié le 22 mars 2007.

INTERVIEW - Jean-Louis Gergorin. Ancien vice-président d’EADS

Jean-Louis Gergorin

Ancien vice-président d’EADS.

Comment faire confiance sur des questions financières à un ancien corbeau, qui plus est mis en examen ?

Pendant trente-six ans, j'ai d'abord servi l'Etat puis l'industrie française d'une façon qui n'a jamais été contestée. En 2003 et 2004, j'ai été happé par l'engrenage Clearstream avec des motivations légitimes, mais en commettant des erreurs. Surtout celle d'avoir saisi les autorités administrative et judiciaire de façon officieuse plutôt qu'officielle.

Vous dénoncez dans votre livre une systématisation de la corruption dans le monde…

Une forme d'hypercorruption se développe partout, notamment dans les nouvelles régions à forte croissance. Avec une impunité de plus en plus garantie par l'économie off-shore. La pierre d'achoppement des régulations antiblanchiment, c'est le système des banques correspondantes. Des banques des paradis fiscaux ouvrent pour leurs clients des comptes dans de grands établissements, ces derniers ignorant le nom des titulaires des comptes. Ce que nous avons observé chez Clearstream est donc généralisé.

Les Etats ou les institutions sont-ils complices ?

Personne ne remet en cause ce système dans la réglementation internationale. La justice est de plus en plus impuissante à remonter les pistes de l'argent sale. Les commissions rogatoires, même en Grande-Bretagne, se perdent dans les sables. Il suffirait pourtant que l'Union européenne et une nouvelle administration américaine s'entendent pour rendre beaucoup plus difficile la dissimulation de l'argent issu de la corruption.

Vous évoquez aussi le dévoiement d’outils sains…

Une part croissante des stock-options est accaparée par un petit nombre de dirigeants et de financiers. Précisément au détriment des forces vives de l'entreprise, en particulier des ingénieurs et des chercheurs.

La justice vient d’établir que les listings de comptes que vous avez envoyés au juge Van Ruymbeke ont été manipulés…

Cette expertise révèle sans l'ombre d'un doute que les listings proviennent d'une falsification des données extraites par l'auditeur Florian Bourges en 2001. Et ce, notamment par l'ajout de noms de bénéficiaires. Il y a eu un mélange subtil de faux, de vrai et de suspect caractéristique d'une manipulation sophistiquée. La principale victime est le juge Van Ruymbeke et son enquête sur les milliards des frégates, qui a été totalement neutralisée.

Qu’avez-vous découvert chez Clearstream?

D'abord, une facilité légale : un particulier ou une société peut bénéficier des avantages techniques de cette institution. Le client disparaît derrière le nom de sa banque qui a ouvert le compte. Une anomalie a duré jusqu'en 2001 et probablement jusqu'en 2004 : l'existence de comptes non publiés « morts-vivants ». C'est-à-dire des comptes fermés mais encore actifs électroniquement, à travers lesquels des transactions auraient pu être effectuées anonymement. C'est le cas de quatre comptes cités dans la première lettre envoyée au juge. Enfin, de forts indices tendent à démontrer que des centaines de comptes non publiés auraient été désactivés rétroactivement en mai 2004 après la perquisition de Clearstream réalisée à la demande de Van Ruymbeke. Parce que la direction actuelle est au-dessus de tout soupçon, elle aurait intérêt à accepter une investigation sur cette affaire antérieure à sa gestion.

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