La corruption n'a jamais été aussi présente dans l'actualité. L'affaire Clearstream rebondit, le patron de Total est entendu pour des commissions suspectes en Iran (lire p. 4), le procès pour détournement d'un magnat des médias s'ouvre aux Etats-Unis. Trois ouvrages, Rapacités de Jean-Louis Gergorin et Sophie Coignard (Fayard), Le Livre noir de l'économie mondiale de Moisés Naim (Grasset) et Les Goinfres de Patrick Bonazza (Flammarion) expliquent comment la mondialisation facilite la circulation d'argent sale et comment des milliards sortent des circuits réguliers pour se concentrer dans quelques mains.Jean-Louis Gergorin, corbeau de l'affaire Clearstream mis en examen pour « dénonciation calomnieuse » et « faux et usage de faux », confirme dans son livre nombre d'assertions formulées par le journaliste Denis Robert au sujet des chambres de compensation comme instruments ayant permis la dissimulation de transactions. L'ouvrage montre que certains mécanismes se cachent dans les plus grandes institutions bancaires. La corruption n'est donc plus l'apanage des paradis fiscaux. Ces livres décrivent souvent des détournements légaux. Si on y ajoute la multiplication des moyens à disposition des dirigeants pour augmenter leurs rémunérations, c'est une part croissante du capitalisme planétaire qui échappe à tout contrôle et qu'on ne voit réapparaître qu'au cours des « affaires ». La plus retentissante d'entre elles, l'affaire Clearstream, n'est pas close. Gergorin est entendu aujourd'hui comme témoin par les juges d'Huy et Pons, Jacques Chirac pourrait l'être à la mi-juin.