Les secours étaient occupés pendant que l’Erika sombrait

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Publié le 21 mars 2007.

JUSTICE – Le sauvetage tardif du navire était à la barre mercredi…

Le sauvetage de l’Erika n’était pas la priorité numéro un des secours, le soir de son naufrage. Au même moment, les sauveteurs portaient assistance à d'autres navires en détresse, selon les témoignages entendus, mercredi, par le tribunal correctionnel de Paris.

Quatre d’entre eux étaient mercredi sur le banc des prévenus, accusés de s'être abstenus volontairement de «combattre un sinistre» : Eric Geay et Michel de Monval, officiers du Centre opérationnel de la marine (COM) de Brest, Jean-Loup Velut, chef de division de l'Action de l'Etat en mer, et Jean-Luc Lejeune, coordinateur de mission de sauvetage au Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage en mer (Cross) d'Etel. Récit.
 
Sauvetages tous azimuts

La veille du naufrage de l’Erika, le 11 décembre 1999, le capitaine du navire entre en contact avec le Cross Etel, en début d'après-midi. La réception est si mauvaise qu'il ne perçoit que des bribes de conversation.
 
Tout l'après-midi, les secours croient le navire hors de danger, le capitaine ayant annulé son avis de détresse. Le Cross Etel se concentre alors sur d’autres situations: «une évacuation sanitaire sur un navire de pêche en Irlande, un appel de détresse en zone iranienne, une personne à l'eau à Lorient, un navire à la dérive dans le golfe du Morbihan, une détresse à transmettre au Cross Méditerranée», énumère Jean-Luc Lejeune. Sans compter les navires qui demandent un port de refuge, alors que la tempête fait rage dans l'Atlantique.
 
Le Maria K éclipse l’Erika
 
C’est surtout le sort du Maria K qui inquiète les secours: le vraquier qui dérive près des côtes a des cuves pleines de carburant. Vers 21h, quand le Cross Etel est prévenu que l'Erika est toujours en difficulté et aurait des fissures, il faut gérer les priorités.

Le Maria K est à quelques kilomètres des côtes avec un risque de pollution «avéré», l'Erika est plus au large et «pourrait» avoir des fuites: «c'est un problème de hiérarchisation. On est comme aux urgences à l'hôpital», explique Jean-Luc Lejeune. Michel de Monval, averti au COM des différentes situations, ordonne à Eric Geay de «continuer à se concentrer sur le Maria K». Le Cross Etel ne contacte l'Erika qu'après 22h.
 
Les «conneries» de Saint-Nazaire

Jean-Loup Velut en veut aux «conneries» du port de Saint-Nazaire qui a prévenu qu'il n'accueillerait pas l'Erika s'il présente des risques de fuites de pétrole, les courants de la Loire étant trop forts pour installer des barrages anti-pollution. L'Erika devra aller à Brest.

A cette époque, explique Jean-Loup Velut, «le port de Brest est en état de siège» parce qu'il sert de refuge depuis un mois au «Junior M», un bateau rempli de près de 7.000 tonnes de nitrate d'ammonium, un composant d'engrais présentant de tels risques d'explosion qu'il n'a pas pu encore être déchargé. Y faire entrer un pétrolier en difficulté ne paraissait pas «la meilleure idée», dit-il. Quand l'Erika devient la priorité des secours, il est trop tard.
Sa. C. avec AFP
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