SARKOZY - Le premier flic de France rend sa casquette lundi. Retour sur ses deux mandats à l'Intérieur...
Premier flic de France de 2002 à 2004, puis de 2005 à 2007, le candidat Nicolas Sarkozy s’est fixé comme objectif numéro un de renverser les courbes statistiques de la délinquance des mineurs et de l’immigration clandestine. Le 11 janvier 2007, quand il fixe son propre bilan, il affiche de la fierté pour «ses résultats» : «la peur a régressé en France». Cinq ans après sa première arrivée place Beauvau, la droite affiche un soutien sans faille ; la gauche, l’UDF et les associations de défense des droits de l’homme contestent farouchement un bilan qu’ils jugent controversé.
Le style
Hyperactif, accusé d’utiliser les médias — et d’avoir
instrumentalisé l’arrestation de Battisti dimanche comme celle d’Yvan Colonna, l’assassin présumé du préfet Erignac l’avant-veille du référendum sur la Corse en 2003, Nicolas Sarkozy s’est peaufiné l'image d'un ministre pourfendeur du «laxisme» des années Jospin. Celui qui invite les forces de l'ordre à reconquérir les «zones de non droit» dans les quartiers sensibles n’a également eu de cesse de polémiquer avec la justice au nom d'une plus grande sévérité à l'égard des mineurs délinquants. Ce qui lui attire les foudres d’une partie des
magistrats français.
Les banlieues
Son côté fonceur et son discours de restauration de l’autorité lui permettent, en début de ministère, de se forger une bonne image dans les quartiers sensibles. Mais il ternit son image en une soirée, le 25 octobre 2005 à Argenteuil, dans le Val-d'Oise, en lançant: «Vous en avez marre de cette racaille, je vais vous en débarrasser.» Deux jours plus tard, la mort de deux jeunes, électrocutés après avoir été poursuivis par la police embrase les banlieues pour un
mois d’émeutes sans précédent. Il s'emploie avec succès à ce qu'aucun drame majeur ne se produise durant cette période délicate. Mais depuis, Nicolas Sarkozy a de grandes difficultés à retourner dans les quartiers, où il prétendait restaurer l'ordre républicain.
L’immigration
La gauche lui rend d’abord grâce d’avoir réformé la double peine et fermé le centre de Sangatte. Pour ses détracteurs, ces deux réformes restent mal appliquées. Ensuite, confronté au problème des sans-papiers, le ministre se montre d'abord inflexible. Mais le sujet devient cause nationale avec le retentissement de l'occupation du gymnase de
Cachan par des familles expulsées d'un squat: peu à peu le ministre adopte un profil plus pragmatique optant pour le
traitement des situations au «cas par cas». Sa décision de régulariser quelques milliers de parents d'enfants scolarisés en France n'a pas fait taire les critiques sur la «chasse aux enfants» d'immigrés.
Pierre Henry, directeur de France Terre d'Asile, reproche à ce «pragmatique» d'avoir accentué la précarité des étrangers en situation régulière par une remise en cause de la carte de résident de dix ans au profit de titres de séjour de très courte durée.
La délinquance
Le 11 janvier, le ministre présente des chiffres de la délinquance enregistrée en 2006 et se vante d'une «baisse de 9,4% depuis 2002». Le PS réplique en dénonçant «l'augmentation de 14,1% entre 2005 et 2006 du nombre des crimes et délits enregistrés en main courante par la police». Le ministre reconnaît une hausse des violences aux personnes, agressions gratuites vivement ressenties par l'opinion.
Ses relations avec la police et la culture du chiffre
«Il fait partie des ministres de l'Intérieur qui ont marqué l'institution avec Pierre Joxe et Charles Pasqua», souligne Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat SGP-FO. Direct, prompt à couvrir ses troupes devant les critiques, le charisme de Nicolas Sarkozy exerce un impact certain sur ses troupes durant son premier mandat à l'Intérieur. L'introduction de la culture du chiffre dans le travail de terrain fatigue toutefois les fonctionnaires: l'anonymat des objectifs à atteindre crée des frustrations, alors que la «police de proximité» chère aux socialistes a été passée à la trappe.
La Commission nationale de déontologie de la sécurité montre une progression de 30% en 2006 des plaintes pour des interventions musclées (menottage systématique, fouilles trop poussées, violences diverses).
Islam de France
Nicolas Sarkozy entretient une relation ambiguë avec l’islam de France. Il préfère l’islam de France que l’islam en France. Le ministre soutient donc la création du Conseil français du culte musulman (
CFCM), initiée en 1999, qui aboutit en 2003 mais est déjà mort en 2007. Il est le premier, depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, à s’investir autant dans la gestion interne des cultes. Xavier Ternisien y voit des
faux-airs de Napoléon organisant le culte israélite.
Mais le ministre des Cultes est aussi, et surtout, celui de la laïcité, comme il le rappelle dans son livre «La République, les religions, l'espérance». C’est à ce titre qu’il affirme que les musulmans de France n’ont pas à
égorger les moutons dans leur appartement, lors de l’émission «J’ai une question à vous poser», sur TF1. Sa sortie provoque un tollé, d’autant que la chaîne a mystérieusement coupé ce passage dans la version de l’émission proposée sur son site…
La discrimination positive
Sarkozy est un adepte et le montre en nommant comme porte-parole Rachida Dati. Le concept importé des Etats-Unis engendre une polémique en France, qui ne reconnaît que le principe républicain d’égalité de tous ses citoyens.
François Bayrou est contre, s’affirmant être «pour une égalité réelle, pas seulement formelle, et ça se joue d’abord à l’école.» Pour Ségolène Royal, le sujet est ouvert aux débats.
JH, avec AFP